Mois des fiertés ou mois du tabou ?

Mois des fiertés ou mois du tabou ?

L’actualité du mois de juin commence par un vandalisme de plus envers l’exposition Couples de la République d’Olivier Ciappa. Que reproche-t-on à ce photographe, d’exposer aux yeux de tous des images de couples heureux dont les membres sont du même genre ?
Quel rapport avec la littérature de jeunesse ? Il est simple : les critiques parlent souvent de ces œuvres comme « pervertissant la jeunesse », le texte et l’image ayant alors une visée purement morale rendant tous les enfants homosexuels s’ils sont confrontés à ce sujet. Ils ne deviendront pas tous homosexuels c’est sûr, mais gageons, plus tolérants !

La littérature jeunesse depuis quelques années essaie de briser ce tabou, pour permettre à tous de se reconnaitre dans leurs lectures. En 2004, et oui il y a 14 ans déjà, sortait Jean a deux mamans d’Ophélie Texier à l’Ecole des loisirs. Livre destiné aux bébés et jeunes enfants utilisant le point de vue de l’enfant (fait peu courant !). Il comprend que sa famille est différente, mais est-ce que cela le gêne pour autant ?
L’enfant même au plus jeune âge prend conscience que sa famille homoparentale n’est pas comme les autres, tout comme celui qui n’a qu’un papa ou qu’une maman. Ce qui sépare le plus ces deux représentations familiales, c’est le regard que la société pose sur elles. Les livres développant ces thèmes, deviennent des remparts contre la haine exercée par les autres.
De nombreux albums reprennent ce thème comme Et avec Tango, nous voilà trois !(1), l’arc en ciel des familles (2), un air de familles : le grand livre des petites différences (3), Tango a deux papas et pourquoi pas (4) ou La famille dans tous ses états (5). Tous ces albums permettent par leurs textes et leurs images de réduire le topos du papa, de la maman et des enfants qui forment une belle et heureuse famille car la société du XXIe siècle est moins codifiée. En tout cas en apparence.
Les albums vont rarement mettre en lumière des protagonistes découvrant leur sexualité, laissant plutôt cela aux romans que ce soient des récits de fille (La peur au placard (6) ou Anissa, je t’aime (7)) ou de garçon (L’été où papa est devenu gay (8)). Ce dernier ouvrage ne raconte pas l’éveil sexuel du jeune garçon mais les questions qu’il se pose suite aux révélations sur son père.
La littérature « Young adult » aborde aussi ce thème, dans des fantasy comme La Volte (9) mais aussi dans des fictions quasi réelles telles que D’un trait de fusain (10). Ce dernier roman, sorti en 2017 fait écho à un film explosant tous les records de récompenses, 120 Battements par minute de Robin Campillo. Dans ce film, les personnages sont plus âgés mais soumis aux mêmes problèmes que dans le livre, l’homosexualité et le sida qui vont les mener vers le militantisme chez Act-up.
Je souhaiterais d’ailleurs rajouter ici, un roman peu étudié pour sa représentation LGBTQ+, 5/5 (11) d’Anne Plichota et Cendrine Wolf, racontant avec pudeur mais assurance, un moment de vie d’un jeune transgenre. John est né dans un corps de fille qui ne lui convient pas et subit le mépris des autres parents d’élèves . L’incompréhension règne dans la tête des adultes alors que les relations entre adolescents ne sont ici pas marquées par le genre.

Bien que la société victimise encore les représentants ou représentations LGBTQ+, il est à noter que ce thème est de plus en plus présent en littérature de jeunesse mais aussi au cinéma (cf. Nominations festival de Cannes 2018).

Et n’oubliez pas : le numéro 202 de NVL la revue datée de décembre 2014 a pour thème l’homoparentalité !

Les livres cités ci-dessous sont les disponibilités de notre fonds. Ils ne reflètent pas la totalité de l’édition.

Ophélie Texier, Jean a deux mamans, Ecole des loisirs ,2004

1. Justin Richardson/ill. Peter Parnell, Et avec Tango nous voilà trois ! Rue du Monde , 2013
2. Muriel Douru, L’Arc en ciel des familles, Des ailes sur un tracteur, 2014
3. Béatrice Boutignon,  Un air de famille : le grand livre des petites différences, Le Baron perché, 2013

4. Béatrice Boutignon,  Tangos a deux papas, et pourquoi pas ? Le Baron perché , 2014

5. Alexandra Maxeiner/ill. Anke Kuhl/trad. H. Boisson, La famille dans tous ses états, La Joie de lire, 2017
6. Perrine Leblan, La peur au placard, Oskar, 2015
7. Clotilde Bernos, Annisa, je t’aime, Oskar, 2011
8. Endre Lund Eriksen/trad. A. Pasquier, L’été où papa est devenu gay, Thierry Magnier, 2014
9. Yann Fastier, La Volte, Talents Hauts, 2014
10. Cathy Ytak, D’un trait de fusain, Talents Hauts, coll. Les Héroïques, 2017
11. Anne Plichota, Cendrine Wolf, Les 5/5, Tome 1 : En équilibre, XO Jeunesse, 2017

Maylis Cormont

A paraitre : « Figures de l’arbre » – NVL n°216 – Juin 2018

A paraitre : « Figures de l’arbre » – NVL n°216 – Juin 2018

Le numéro 216 de NVL la revue s’intéresse aux figures multiples de l’arbre symbolique dans la littérature jeunesse. Car nous pensons que pour amener les jeunes à prendre en charge l’avenir des arbres, il faut d’abord nourrir leur imaginaire, enrichir la représentation symbolique et enraciner la certitude que les destins de l’arbre et de l’homme sont indissociables.

4 bouquins solidaires chez Rue du Monde

4 bouquins solidaires chez Rue du Monde

Pour la quinzième année, l’éditeur Rue du Monde s’associe avec le Secours Populaire pour permettre à 5 000 enfants « oubliés des vacances » de s’évader avec les livres. 4 « albums solidaires » sont ainsi publiés à leur bénéfice. Aidez-les en achetant au moins un de ces albums ! NVL la revue soutient cette action généreuse.

Cherchez la petite bête/Alain Boudet ; Solenn Larnicol
On commence demain/ Eric Battut
La grande chevauchée : 22 contes autour des chevaux du monde/Patrick Fischmann ; Bruno Pilorget
Les contes à la coque : 52 contes brefs à mijoter, tartiner et savourer les yeux fermés/Alain Serres ; Zaü