Alain Gauthier nous a quittés, mais ses images sont un enchantement pour toujours.

Affichiste – il a travaillé autant pour la presse que pour la publicité –  peintre, illustrateur de livres jeunesse il laisse une œuvre importante, internationalement reconnue, qui avait fait l’objet d’une rétrospective en 2016 à la médiathèque de Boulogne-Billancourt. Un ouvrage particulièrement intéressant Regards sur Alain Gauthier publié en 2008 aux éditions L’Art à la Page sous forme d’imagier/abécédaire rend aussi très bien compte de son univers et de son travail d’illustrateur.

Il avait dans les années 70 travaillé avec François Ruy-Vidal, et collaboré avec Nicole Maymat des éditions Ipomée à une publication très remarquée de La Belle et la Bête. Suivrons  Peau d’âne, Chaperon Rouge, et en 1991 Alice au Pays des Merveilles. C’est sur ce dernier que nous souhaitons particulièrement nous attarder car il nous apparaît être l’œuvre emblématique de son travail.

Au carrefour de l’étrange et du merveilleux il offre un écho époustouflant  à l’œuvre de Lewis Carroll. A travers ses images qui fonctionnent comme des jeux cubistes il s’adresse autant au raisonnement de l’enfant qu’à son imaginaire. Derrière ces constructions, déconstructions, emboitements de visages à multiples facettes, associations étranges, il invite l’enfant à chercher derrière l’image, au-delà de l’apparence des choses, pour découvrir le sens, d’autres sens ! Tout en déclinant certains de ses thèmes et motifs favoris : masques, chats, cartes à jouer, escaliers, oiseaux, damier, nombres, horloges, visages, jeunes filles, il propose à l’enfant de construire sa propre interprétation de l’histoire. Pourtant dans ces images en apparence figées, qui font parfois penser à Delvaux, Magritte ou Escher, empreintes d’une certaine gravité, l’humour est toujours présent. Cette quête du sens derrière le sens, sous différents angles et différentes associations transporte le lecteur dans un imaginaire de tous les possibles ; un univers surréaliste en parfaite harmonie avec celui de Lewis Carroll.

Il a aussi illustré Michel Tournier[1] qui déclarait: « J’ai eu la joie de voir l’un de mes contes[2] pour enfant illustré par Alain Gauthier. Rarement mariage plus heureux fut célébré entre texte et image. C’est qu’on retrouve, dans les dessins d’Alain Gauthier, cette naïveté un peu perverse, cette limpidité trompeuse qui recouvre des abîmes, cette apparente gaucherie qui est le comble de l’habileté, bref tout ce qui fait le charme trouble et puéril des contes. »

On retrouvera ce propos  dans le numéro spécial réalisé pour les 30 ans de Nous Voulons Lire ! (mars 2002), ainsi qu’un article de Jean Perrot Par les chemins d’Alice, où il est question d’Alain Gauthier.

Janie Coitit Godfrey

 

[1] Guide des illustrateurs du livre de jeunesse français, Denise Dupont Escarpit, Claude Lapointe Ed du Cercle de la Librairie, 1988

[2] La fugue du Petit Poucet, M. Tournier, ill. A. Gauthier, GP, 1980