Lectures en supplément N°224

Lectures en supplément N°224

5.Arnaud Tiercelin, Olympe Perrier – Pourquoi le soleil aime la soupe

Editions L’initiale, 2018, 12€ -9782917637500.Dès 4 ans

Mots clés : grandir, légumes, soupe, Terre, Neptune, soleil

C’est par le biais de l’humour et de questions drôles que peuvent parfois poser les enfants que cet album aborde la nécessité de manger des légumes, et surtout de la soupe, pour être en bonne santé. Qui fait pousser les légumes ? Pourquoi poussent-ils dans la terre ? Pourquoi grandit-on ? Pourquoi le soleil existe?Jeu de questions-réponses qui se mordent la queue:

– « papa pourquoi je dois manger de la soupe ?

– parce qu’elle va te faire grandir

– papa pourquoi on grandit ?

– parce qu’on a mangé des légumes… »

On tourne en rond pour en revenir toujours à l’objectif parental qui est de justifier…la soupe !!! C’est traité avec beaucoup d’humour. Dans les images, même les légumes s’y mettent, en vantant leurs qualités : « on hydrate ton corps ! on est riche en vitamines ! et en minéraux aussi ! » Des bols de soupes de tous les pays du monde sont un clin d’œil. Cet album est bien sûr destiné à faire réfléchir sur la nourriture saine et sur son origine. Et peut-être aussi pour répondre à certains enfants qui pensent que les carottes poussent en super marché !!! Très bon album !

Janie Coitit Godfrey

3 Tomi Ungerer – Juste à temps !

L’Ecole des loisirs, nov 2019, 18,80€ – 9782211303828- Pour les grands

Mots clés : album, fin du monde, humain, vivant, solitude, raison de vivre.

Album testament de Ungerer sur la fin du monde

C’est le dernier livre de Tomi Ungerer disparu en 2019, un album d’une grande tristesse.  Grave, malgré des images si créatives du maitre. Le monde est quasi mort, les humains sont partis sur la lune, tout est noir, hostile, déshumanisé, rues vides, labyrinthes, seuls circulent des chars d’assaut mangeurs de plastique… Vasco est-il le dernier humain ? Guidé par son ombre bienveillante, il échappe à quantité de catastrophes, juste à temps ! faut-il voir de l’espoir dans la répétition de ce «juste à temps ! » ou n’est-il là que pour souligner les péripéties ? Vasco sauve et recueille un petit être, ce lien donne un sens à leur errance solitaire mais que leur lieu final soit en forme de gâteau n’apporte guère d’optimisme à ce récit apocalyptique que seuls des adultes fans d’Ungerer apprécieront.

Claudine Charamnac Stupar

3 Christiane Lavaquerie, Laurence Paix-Rusterholtz- Qui suis-je ? Le déguisement dans l’art

Seuil jeunesse, 2019, 17€-9791023512564, dès 9 ans.

Mots Clés : documentaire, histoire, art, déguisement, mythes, rêves.

Beau livre qui permet une promenade mentale à travers le monde de l’art, de l’histoire, des mythes, et développe une attitude plutôt philosophique.  Par le déguisement, les auteurs nous entrainent de façon ambitieuse vers la découverte de grands personnages de l’histoire, dévoilant leur personnalité dans un discours raccourci. La découverte ne s’arrête pas là, on pénètre ainsi le monde des artistes depuis les temps reculés et jusqu’à Spiderman, Batman… On voit les stratagèmes multiples qui ont fondé la trame de nos références culturelles, on nous y enseigne aussi les caractères des pères fondateurs de la nation. Cela nous amène un regard plutôt philosophique qui, loin de l’adhésion, entraine le sens critique. L’ouvrage a de subtilités qui ne le mettent pas à la portée de tous les lecteurs mais quel que soit leur âge ou leur ouverture d’esprit, il y aura toujours quelque chose à prendre de ce parcours sophistiqué mais impressionnant, ne serait-ce que par le jeu des images fortes et des fiches attirant le regard vers tel ou tel détail dont on explique l’origine et la raison d’être. Dès neuf ans mais il faudra aider le lecteur à déambuler dans ce champ de « savoir ».

Paule Bloch

4 Brigitte Smadja ­– Le cabanon de l’oncle Jo

Ecole des loisirs, 2020 (1996) . 5,80€ – 9782211306218. Dès 9ans

Mots-clés : jardin, banlieu, famille, deuil, résilience, chômage

Une famille de la cité, face au chômage, découvre la résilience.

Faire d’une décharge au milieu de la cité un jardin, lieu de toutes les convivialités, voilà qui redonne espoir. C’est ce que Lili qui a perdu son père depuis peu, découvre auprès de l’oncle Jo. Prostré depuis qu’il a perdu son travail, oncle Jo retrouve goût à la vie en entreprenant de défricher, nettoyer, le terrain vague-décharge qu’encadrent les immeubles de la cité, pour en faire un jardin. Avec une cabane ! Lili s’enthousiasme, soutient l’oncle Jo et en oublie son chagrin. Ce jardin ne durera que 2 ans mais il a redonné du sens à tous ceux qui vont en profiter, de leur fenêtre ou pour les barbecues de l’oncle Jo sa famille et ses nombreux amis. Le bulldozer aplanira tout, mais l’espoir restera, car ici ou ailleurs « Un jour tu verras on en construira un autre. » L’élan qui donne la force d’entreprendre, de s’investir tout entier pour réaliser un rêve, riche de sens, ici, planter, accompagner et récolter enfin pour partager…Voilà la leçon de résilience, d’espoir que reçoit Lily. Chaud au cœur et bonne lecture avec cette réédition toujours actuelle et bienvenue.

Marie Dufon Roche

  1. Julie Légère et Elsa Whyte /ill. Laura Pérez – Secrets de sorcières

Martinière jeunesse, 2019. 18€, 9782732491547, dès 9 ans.

Documentaire, sorcières, femmes, Nature, pouvoir

Documentaire sur comment devenir une sorcière

Ce documentaire a l’ambition de faire surgir la sorcière cachée en chacune des lectrices, non pas comme les méchantes mais plutôt comme les bonnes, proche de la Nature, du vivant mais aussi de ses sentiments.  Le livre débute par l’histoire des sorcières de l’antiquité à nos jours, s’arrêtant sur des évènements ou des personnages clés. Il marque ainsi la mise en lumière de cette sorcellerie, art, qui n’a plus rien de maléfique. Le livre se termine avec des conseils et des astuces pour avancer dans cette quête intérieure. Fait d’autant plus étonnant que tout le texte est à la première personne, incluant la lectrice d’office dans une sorte de sororité avec les autrices et l’illustratrice. Documentaire fort intéressant à des milliard de kilomètres des idées reçues, et donc très bénéfique pour le lectorat.

Maylis Cormont

4 Emile Zola / ill. Mayalen Goust – Thérèse Raquin

L’Ecole des loisirs, Illustres classiques, 2020. 14€ – 9782211302241, 13 ans.

Mots clés : Roman illustré, policier, amour, remords

L’œuvre d’Emile Zola abrégée et illustrée

Thérèse, jeune orpheline, est recueillie par sa tante Mme Raquin et  grandit auprès de son cousin toujours malade. De plus en plus renfermée, elle fait ce que l’on attend d’elle. Devenus adultes, les cousins se marient. Au fil des années, Thérèse se lasse de ce mariage et prend un amant très différent de son mari. Tous deux décident de tuer son époux pour vivre leur passion. Ils mettent leur plan à exécution et finissent par se marier. Mais brisés par les remords, ils ne ressentiront plus pour l’autre que du dégout. La passion initiale laissera place à la violence, physique et morale. Ils finiront par se suicider, incapables de vivre avec le souvenir de leur acte. Quel plaisir de retrouver ce roman étudié au collège ! La collection ILLUSTRES CLASSIQUES confie ces textes célèbres à des illustrateurs actuels également renommés pour attirer de nouveaux lecteurs. Les remarquables images pleine page de M. Goust rendent le tragique de ces êtres tout comme la rue qu’ils habitent, morne, triste et verdâtre. Elles complètent parfaitement le texte, jalonnent la narration et amèneront peut-être les jeunes à entrer dans l’œuvre de cet écrivain naturaliste qui, par ses mots, crée déjà des images.

Maylis Cormont

4 Marie Leymarie – Never ever

Syros, 2019, 17,95 € – 9782748526424. 13-15 ans

Mots clés : Roman, amis d’enfance, adolescence, amour

Entrée dans l’âge adulte

L’auteur a trouvé le ton juste pour mettre en scène une bande d’adolescents amis d’enfance. Un lieu les réunit : les tours qu’ils habitent en plein Paris.  Vies familiales dont ils taisent parfois les secrets, parcours scolaires différents, mais ils sont unis comme savent le faire ces bandes qui se constituent dès la maternelle. Jusqu’au collège, ils ont grandi ensemble. L’adolescence avec ses découvertes, ses rêves d’ailleurs, ne les sépare pas. Il y a quelque chose de l’instinct grégaire dans leurs liens. D’ailleurs, ils se protègent les uns les autres : Natacha joue sur son sex-appeal pour cacher sa détresse et son besoin d’amour, Franck joue l’original pour cacher le drame familial. La pratique du théâtre va les lier davantage. L’écriture de ce roman frappe par sa justesse, par sa connaissance des relations d’amitié chez les ados. Le sens du dialogue, le rythme entrainent le lecteur.

Bernadette Poulou

5 Séverine Vidal – Soleil glacé

Robert Laffont, 2020. 16,50 – 9782221248522. A partir de 14/15 ans

Mots-clés : roman ado, handicap, relation frère/sœur, secret familial.

La renaissance d’une jeune femme au contact de son demi-frère handicapé

Luce est à terre. Elle vient de se faire larguer par sms par Tristan. Déjà remplacée dans son lit. Elle est tellement secouée que l’annonce du décès de son père ne lui fait ni chaud ni froid : elle n’avait plus trop de contact avec lui. Ses parents étaient séparés depuis longtemps, sa mère et sa compagne tenaient davantage de place dans sa vie. Le jour de l’enterrement, le secret de son père lui explose à la figure, elle comprend tout, ses promesses non tenues, son absence, etc. : il avait une double vie. Elle aperçoit une femme avec une petite fille et un jeune homme d’une vingtaine d’années, comme elle ! Avec ce dernier, c’est un coup de foudre fraternel ! Pierrot, gauche et maladroit. Handicapé. Un roman bouleversant sur cette relation en dents de scie entre Luce et Pierrot. Luce veut rattraper le temps avec ce frère, elle déboule bille en tête, avec sa fougue, son sarcasme, son inconscience et se heurte à Pierrot, ses tocs, ses manies, ses listes, ses crises, ses fuites. Explosif ! Mais ils vont apprendre à s’apprivoiser avec un projet complètement fou ! Une écriture sensible et tendre. Un beau portrait de femme en quête de sens…

Julie Balland

  1. Catherine Ganz-Muller – Le libraire de Cologne

Scrinéo, 2020. 16€90 , 9782367407685, dès 14 ans.

Roman, Seconde guerre mondiale, Allemagne nazie, livres, amour, liberté

Un roman sur une résistance en Allemagne nazie

A Cologne, il y a une institution, la librairie Mendel, qui vend mais aussi prête des livres. En 1934, avec l’arrivée des nazis et les différentes lois anti-juives, le propriétaire fuit laissant son entreprise aux mains de son second Hans, secrètement amoureux de la fille de son patron. Hans va tout faire pour garder la librairie ouverte malgré l’aversion du IIIe Reich pour la littérature. Le jeune homme va d’abord devoir faire face à un pillage, perdant la plupart de ses trésors, premières éditions, livres du monde etc. Vient ensuite les bombardements avec l’avancée de la guerre mais Hans va tenir bon, la librairie ne va jamais fermer ses portes. La librairie va survivre à la guerre tout comme Hans qui va mourir en attendant le retour du précèdent propriétaire. Livre très intéressant qui montre l’importance de la culture face à la dictature et pendant les périodes de guerre.

Maylis Cormont

5 Arnaud Cathrine – Romance

Robert Laffont, Coll.R, 2020. 16,50€, 9782221216705.  A partir de 15/16 ans

 Mots clés : roman ado, premier amour, homosexualité,

Chronique d’un premier amour

Vince est lycéen à Paris. Il est bien dans ses baskets, tout roule pour lui. Pas de père mais pas grave ! Sa mère et lui sont très complices, et il peut parler de tout avec elle. Après, c’est un sanguin Vince, il dégaine rapidement les poings quand on le traite de tarlouze, p’tite pédale, pédé et autres injures homophobes ! Oui, Vince est gay et il l’assume complètement. Et là ce qui occupe son esprit jours et nuits c’est de connaître le grand amour celui avec un grand A. Il veut que sa première fois soit digne des films. Mais où le trouver ce Prince Charmant ? Pour les vacances de Noël, sa mère a réservé une semaine aux Canaries à Fuerteventura. Ils partiront avec Octave, son meilleur ami et sa mère. Là-bas, l’amour va lui tomber dessus… Un roman cru, les choses sont dites sans pincettes, mais c’est cela qu’un ado a envie d’entendre ! Vince désire et vit les choses intensément, il est bouleversant de sincérité. Encore un magnifique roman d’Arnaud Cathrine, dont je vous recommande la trilogie A la place du cœur.

Julie Balland

Apoutsiak, le petit flocon de neige, un album du Grand Nord à la croisée des genres.

Apoutsiak, le petit flocon de neige, un album du Grand Nord à la croisée des genres.

Si l’album contemporain a pu faire émerger de multiples interrogations concernant les formes hybrides qu’il propose, certains albums plus anciens ne sont pas en reste : Apoutsiak, le petit flocon de neige, écrit par Paul-Emile Victor et publié par le Père Castor en 1948, en fait assurément partie.
Cet album inaugure la série « Les enfants de la terre »[1], créée après la seconde guerre mondiale dans un esprit d’ouverture au monde et à la diversité des cultures. Esprit qui se trouvait en germe, comme le rappelle Michel Defourny, dans le tout premier album publié par le Père Castor, illustré par Nathalie Parain Je fais mes masques (1931) qui est presque un « manifeste » :
Au terme d’un habile découpage (…), l’enfant peut prendre les visages de différents habitants de la planète. Grâce à ces masques, le petit Français, la petite Française prendront les traits d’un indien d’Amérique, d’un Esquimau d’un Africain. D’emblée, le Père Castor affiche une orientation humaniste et planétaire. (…) Sans que l’éditeur en ait peut-être conscience, les semences de la future collection « Les enfants de la Terre » sont lancées.[2]

Après Apoutsiak, viendront de nombreuses autres figures d’enfants du monde : d’abord figures de jeunes garçons  comme Amo, le peau-rouge(1951), Mangazou, le pigmée(1952), Jan de Hollande(1954) puis plus tardivement, dans les années soixante-dix, des figures de jeunes filles comme Sarah, petite fille du voyage (1972), Mandy américaine de New-Jersey(1973) ou encore Sinnika de Finlande(1974).  Le principe qui préside à chacun de ces albums est de présenter un pays ou une culture à travers une double entrée – fictionnelle et documentaire – et par deux modes de représentation – le texte et l’image-. Ainsi les personnages inventés à partir de données réelles et représentés dans le texte et les images permettent de découvrir le quotidien des habitants d’un pays, d’une région.  Par ailleurs, au texte fictionnalisé s’adjoint un autre texte (généralement en police réduite) qui relève du discours explicatif. La plupart des albums sont aussi dotés de cartes géographiques. Pour l’élaboration de certains de ces albums, Paul Faucher a pu s’appuyer sur des travaux de spécialistes, comme pour Mangazou, le pigmée, qui s’est inspiré des travaux de l’anthropologue Raoul Hartweg[3]. Pour Jan de Hollande, si le texte est de Paul François (nom de plume de François Faucher) et Jean-Marie Guilcher, les illustrations sont de Gerda – Gerda Muller – qui est elle-même hollandaise et a dû très certainement être sollicitée lors de l’élaboration du texte : d’ailleurs, comme un clin d’œil, la sœur de Jan se nomme Gerda. Tous ces albums mêlent donc fiction et documentaire, dans une volonté de présenter d’autres cultures, d’autres modes de vie. Ils peuvent être considérés comme une ouverture virtuelle au monde, mais aussi une invitation au voyage, sans pour autant constituer ce que l’on pourrait nommer des carnets de voyage, car nulle trace de voyageur.

Apoutsiak est cependant l’un des rares, voire le seul album directement écrit par un chercheur, le célèbre  Paul-Emile Victor  (explorateur du grand Nord, ethnologue). Dans ses ouvrages Boréalet Banquises(parus respectivement en 1938 et 1939 chez Grasset), il rapporte sous forme de « journaux de route » ses deux expéditions de 1934-1937 au Groenland et notamment son séjour de 14 mois dans une famille esquimaude (inuit).  Ces ouvrages comportent des textes écrits au fil du temps et datés, des croquis (personnes, animaux, objets, cartes et plans), ainsi que des photos ajoutées par la suite. Apoutsiak, publié dix ans plus tard, sans reprendre une forme identique, est nourri, de toute évidence, de ces carnets. Et si, par ailleurs, il inaugure les principes exposés plus haut et communs  à tous les albums de la série, cet album, plus que les autres, me semble précisément garder cette trace du voyageur et pourrait se lire alors non seulement comme un documentaire fictionnalisé, mais aussi comme une forme de carnet de voyageur ou d’explorateur, adaptée aux exigences très nombreuses de Paul Faucher[4].

Il ne s’agira pas ici de proposer une analyse précise de l’album qui a déjà été remarquablement réalisée par Daniel Jacobi, universitaire spécialiste de la vulgarisation scientifique[5]mais d’observer à travers la question des multiples temporalités de l’album en quoi Apoutsiak mêle documentaire, fiction mais aussi garde des traces du carnet de voyage.
S’il n’y a pas de date précise dans l’album, à la différence d’un journal de bord ou d’un carnet de voyage, le texte et l’image, le choix de temporalités multiples vont donner des indications variées sur le temps à la fois cyclique et linéaire.

Le cycle des saisons

La succession des images et en leur sein, la représentation des paysages vont opposer et faire alterner des scènes d’hiver et des scènes d’été : à l’extérieur le blanc et le bleu dominant de l’hiver laissent place à des couleurs d’été plus nombreuses, aux teintes ocre foncé des montagnes dénudées, à quelques espaces de verdure. Les scènes d’intérieur sont des scènes d’hiver lorsque toute la famille assez nombreuse est rassemblée dans une seule et même temps : l’image qui propose une vue d’ensemble (p. 11) contraste avec les scènes d’extérieurs par ses couleurs vives, par la profusion de personnes, de chiens, d’outils.  Ainsi la succession des images, sans stricte régularité toutefois, donne à éprouver l’écoulement du temps à travers les scènes du quotidien et les couleurs pourraient faire office de dates même si le texte (narratif ou explicatif) vient généralement indiquer aussi la saison représentée.  Le temps passe et revient, à travers un mouvement cyclique qui est cependant contrebalancé par le choix narratif de l’histoire même d’Apoutsiak.

Le déroulé d’une vie

Il existe dans cet album une seconde ligne temporelle très singulière, prise en charge par le discours narratif qui conduit la fiction : en effet, l’album va retracer la vie entière du personnage principal de sa naissance à sa mort et son entrée dans le paradis. Les autres albums de la série ne reprendront pas ce déroulé temporel et s’en tiendront à la vie des enfants dans le temps de leur enfance. Aussi peut-on s’interroger sur ce choix qui peut être lié à l’expérience personnelle de l’auteur au sein d’une communauté esquimaude : la naissance, la mort sont assez régulières ; les vies plus courtes ainsi que le temps de l’enfance. Aussi c’est peut-être pour cette raison que P.E. Victor a choisi de faire découvrir une vie dans sa totalité avec ses étapes majeures (nourrisson/enfant/ adulte/vieillard), comme un résumé très condensé de sa propre expérience, sans chercher justement à s’en tenir au moment de l’enfance comme ce sera le cas dans les autres ouvrages de la collection.

Brouillage temporel des différents discours

Ces différentes lignes temporelles se doublent comme le montre Daniel Jacobi de choix énonciatifs singuliers : la vie d’Apoutsiak est presque entièrement rapportée à l’imparfait, ce qui crée à la fois le sentiment de la durée, de l’inachevé, ou de l’intemporel. La singularité vient rejoindre la portée générale du discours explicatif . Le récit est d’une certaine façon suspendu et la trace – image ou écriture – fige et fixe des scènes, comme des exemples précis et représentatifs, à l’instar des croquis contenus dans  Boréal.

Par ailleurs, le discours explicatif est traversé d’un autre discours : ainsi, certains textes explicatifs à valeur générale sont cependant adressés au jeune lecteur, qui est sollicité plusieurs fois sous la forme du « tu »[6]. Si la volonté pédagogique qui préside à l’élaboration de cette série, est très visible dans ces adresses, on peut aussi y voir une transposition du carnet de route de P.E. Victor : carnet rempli au fil des jours, destiné à la fois à servir trace et de base pour ses analyses scientifiques, carnet aussi pour un public plus large, dans le but de faire partager son expérience et de la faire vivre : et de fait, le lecteur adulte, sans être directement sollicité, n’en est pas moins absorbé dans ces carnets qui transmettent des savoirs, mais provoquent aussi des émotions et un attachement à tous ces individus, en tant que  personnes et personnages.

Apoutsiak n’est pas un carnet de voyage à proprement parler. Toutefois, il possède une dimension  plus singulière et personnelle que les albums qui suivront. Il inaugure aussi sans aucun doute de nouvelles formes de documentaires, reprises notamment dans le principe de la collection « Archimède » de l’Ecole des loisirs. Par ailleurs, la co-présence de la fiction et du discours informatif pourrait bien avoir ouvert des pistes quant aux possibilités de l’album, mêlant texte et image, comme dans les ouvrages de François Place qui construit des fictions d’univers et de peuples, à partir toutefois de savoirs savants très assurés.

Florence Gaiotti, Maitre de Conférences à l’ESPE, Université d’Artois.
Article paru dans NVL N°192, Juin 2012.

[1]Initialement appelée « Les enfants du monde », selon les recherches de Michèle Piquard qui analyse tout particulièrement cette collection dans un article intitulé « Les cartes dans les albums du Père Castor », in Cartes et Plans, D.Dubois-Marcoin, E.Hamaide, Cahiers Robinson, 28, 2010. Il y est amplement question d’Apoutsiak et certaines informations sont issues de cet article.

[2]Michel Defourny, Pour lire commençons par les mains !,Les amis du Père Castor, Meuzac, 2010, p. 15-16.

[3]Cet anthropologue a fait notamment paraître un ouvrage intitulé La vie secrète des Pigmées,Editions du temps, 1961,  mais avait déjà produit en 1951 de nombreux travaux dont l’album a pu s’inspirer.

[4]Michel Piquard évoque les longs échanges entre Paul Faucher et P.E.Victor : ce dernier a été invité à rajouter un certain nombre d’éléments. Le livre est paru deux ans après la proposition de P.E.Victor auprès de Flammarion.

[5]Daniel Jacobi, « Apoutsiak, le petit flocon de neige, anatomie d’un chef-d’œuvre », La revue des livres pour enfants, n° 210, p. 57-59.

[6]Constat fait et analysé aussi bien par M.Piquad que D.Jacobi.

« Nous avons rencontré Warja Lavater », article publié dans Nous Voulons lire ! n°76, octobre 1988

« Nous avons rencontré Warja Lavater », article publié dans Nous Voulons lire ! n°76, octobre 1988

NVL la revue 208 de juin 2016, « des livres d’artistes pour les enfants », évoque le travail de Warja Lavater et son  Petit Chaperon Rouge de 1965. En 1987, Denise Escarpit avait mené un entretien avec Warja Lavater : vous trouverez ci-après le texte intégral de cet échange publié dans Nous voulons lire !, n°76 d’octobre 1988.

NOUS AVONS RENCONTRE WARJA LAVATER

Connaissez-vous les albums de Warja LAVATER ? Connaissez-vous Warja Lavater ? « Non figuratif », « création abstraite », « livres objets », « livres jeux », tels sont les mots que l’on a coutume de lire ou d’entendre lorsque sont évoqués les albums publiés aux Éditions Maeght depuis plus de vingt ans.

Warja Lavater est suisse ; elle a passé sa jeunesse en Russie, puis en Grèce. Après des études au lycée de Winterthur, elle est entrée aux Beaux-Arts de Zürich où elle a été très marquée par l’influence du Bauhaus. Ensuite, avec son mari, Gottfried Honegger, elle ouvrit un atelier d’art graphique. Elle fut aussi, avec lui, rédactrice d’un périodique pour jeunes de 1944 à 1958, date à laquelle elle partit aux Etats-Unis. Et c’est de rencontres fortuites à New York que naquit l’idée de ses albums pour enfants, de ses « imageries ». Elle habite maintenant Zürich.

J’ai eu le bonheur de la rencontrer, un peu par hasard, lors de la Foire du Livre de Toulon, fin 1987. Je vais essayer de vous parler d’elle comme elle-même nous en a parlé, avec simplicité.

D.E. – Il y a bien longtemps – près de vingt ans ! – que j’ai « rencontré » vos albums. En tant que linguiste, j’avais été fascinée par l’écriture codifiée qui en est la base. Puis, m’intéressant aux enfants, je m’étais demandée comment avait pu naître chez vous l’idée de ces objets que sont vos livres, et comment vous aviez choisi de parler aux enfants à l’aide de signes colorés.

W.L. – J’étais à New York. Je me promenais dans Chinatown. J’ai rencontré des petits livres, dans un petit format que l’on tient dans la main. Ils se dépliaient, comme du papier plié en accordéon, et les pages étaient blanches pour que l’on y écrive. Cela constituait une sorte de sculpture que l’on pouvait mettre debout par exemple.
Dans un livre normal, tourner la page coupe l’écoulement du temps ; il y a le passé et le futur. Le livre dépliant est plus linéaire : c’est l’écoulement du temps dans l’horizontal ; il peut y avoir aussi le vertical vers le bas et le vertical vers le haut : voir les rouleaux japonais, que l’on peut relier aux « volumen » de la Rome antique.
Mais quand un livre est debout, il s’éloigne de sa destination ; il révèle son propre monde ; il devient sculpture. Au contraire, quand on l’étale sur un mur, il y a obligation de mettre des numéros pour éviter la confusion. Il y a quatre dimensions dans un livre : le début, la fin, l’espace et le temps. La présentation du temps est liée au sens de l’écriture.

D.E. – C’est donc cette possibilité de modifier l’écoulement du temps de lecture, cette possibilité de vision totale, d’appréhension totale d’un récit qui vous a fait choisir ce support particulier. Le livre destiné aux enfants a-t-il été votre première démarche de peintre ?

W.L. – Avant j’avais fait des livres scientifiques sur la génétique et l’hérédité. Un professeur faisait le texte et moi, je faisais l’illustration, car l’illustration est porteuse de sens ; une pensée passe par le dessin.
L’art a débuté dans les cavernes : c’était de l’écriture, une pensée conservée dans la pierre. Ce n’est qu’après qu’il y a eu l’écriture d’un côté et l’art graphique de l’autre.
Mon but à moi, c’est de faire que l’écriture devienne dessin et que le dessin devienne écriture qui doit transmettre un message. Je me ressens comme un écrivain qui écrit un livre, et non comme un peintre.
Comment en suis-je venue à ces albums ?
Pour en revenir à mon histoire personnelle, de la science, je suis passée au conte. J’ai toujours beaucoup aimé raconter. Quand j’étais à l’école, je faisais des livres pour mes camarades, un par semaine. J’avais une liste et chacune, à son tour, avait son livre.
Comme je suis suisse, j’ai fait Guillaume Tell pour exprimer la libération d’un peuple. Mais je me suis demandé : « Ce sera-t-il lisible ? ». 3000 exemplaires ont été tout de suite épuisés, puis les 3000 suivants.
Il faut ajouter que j’ai eu beaucoup de chance : c’est de la rencontre entre le Directeur du Modern Art Museum de New York et d’Adrien Maeght qu’est née la possibilité de publier ces livres.
J’ai ensuite fait Le Petit Chaperon rouge.

D.E. – Vous m’avez parlé du support que vous aviez choisi. Mais, si je comprends bien, votre écriture repose sur un graphisme particulier ; certains disent sur un graphisme abstrait. C’est cela que peuvent se poser des problèmes de lisibilité.

W.L. – Quand on parle de mes albums, on parle de dessins abstraits. Je refuse absolument ce terme : ce sont des dessins qui bougent, se mêlent, se séparent de nouveau : c’est essentiellement concret.

Une graphie claire et expressive doit présenter un modèle de pensée, des couleurs, qui suscitent la connaissance de celui qui regarde. Cette graphie doit conduire en haut, en bas, en dedans, au dehors, de l’autre côté. Elle peut être grande ou petite, pointue ou ronde, épaisse ou fine, oblique ou droite. Elle peut être affirmée ou tremblée, claire ou foncée.
Ce n’est que lorsque les choix sont faits avec clarté qu’elle pourra être comprise avec précision de tous, malgré les frontières de la langue et de la culture.
Le conteur redevient poète. L’imagination s’ouvre à lui et à ses spectateurs.

D.E. – Parlez-moi de vos livres, de leur création, de ce qu’ils sont.

W.L. – Je veux conter une histoire. Un matin, je me réveille parce qu’un merle siffle devant ma fenêtre une petite phrase inhabituelle « tür—di-di, tûr-di-di ». De là nait l’histoire du jeune chanteur Tür-di-di qui trouvait des mélodies bien différentes de celles des maîtres traditionnels, si différentes qu’il lui arriva bien des mésaventures. Dans le livre, on accompagne Tür-di-di – trois quarts de cercle sombre avec des cercles intérieurs rayonnants, comme des yeux – dans sa fuite devant des cercles figés ; on vit son triomphe auprès des média – antennes de TV -, l’acharnement des jaloux et enfin sa solitude dans un compartiment d’un gris triste : destin de l’artiste devant l’incompréhension. Finalement, sa chanson sera de nouveau entendue par des jeunes et, dans les dernières pages, il plane de ses grandes ailes entre deux petits Tür-di-di, dans un désordre léger et joyeux.

D.E. – C’est dommage, je n’ai jamais vu ce livre… Non seulement c’est une histoire pleine de poésie, mais elle est lourde de signification. Mais revenons-en à vos albums…

W.L. – Une fois dépliés, mes livres ne font qu’une image. Chaque signe est expliqué au début. C’est le code. On ne peut le changer. Pour un texte, l’image du texte est très importante et influence la lecture. Le texte doit être lisible et la lisibilité naît de la typographie choisie et de la mise en page : l’image de la une d’un journal est essentielle. Chaque caractère est une image stricte, toujours verticale.
Au contraire de la typographie, je peux modifier la taille de mes signes. Mon écriture est beaucoup plus libre. Mais ça doit rester lisible. Si le résultat est laid, tant pis ! S’il est beau, tant mieux ! L’essentiel pour moi, ce n’est pas « illustrer », c’est « dire ».
Il faut créer chez l’enfant-lecteur un état d’âme qui lui permet de créer son histoire : « seeing is believing » ; voir, c’est croire. Toute la tradition religieuses repose là-dessus. Dans mes livres, les mots sont rares : il y en a quelques-uns au début, nécessaires pour expliquer les signes et permettre de décoder ; ensuite, sur une vingtaine de doubles pages, se déploie la chorégraphie du code…

D.E. – Beaucoup de vos « imageries » ont pour point de départ les Contes de Perrault. Quand nous donnerez-vous le plaisir d’un Chat Botté ?

LE PETIT CHAPERON ROUGE, un livre de Warja Lavater aux Editions Maeght.

Cet article, compte rendu d’un travail fait à l’école maternelle de Pourcieux, nous a été envoyé par Isabelle Fabre, institutrice.

En 1964, paraît Petit Bleu, Petit Jaune de Léo Lionni, un classique aujourd’hui des bibliothèques pour enfants.
Deux ans auparavant, en 1962, Warja Lavater, préoccupée par les signes et leur importance dans la vie de tous les jours, publiait au Musée d’Art Moderne de New York, Guillaume Tell, premier ouvrage d’une lignée un peu particulière dans la littérature pour la jeunesse.
À la base de sa recherche, les signes qui nous mènent – signaux routier, graffitis, codages… – ; les couleurs de base – parmi lesquelles les couleurs des feux tricolores – et les lignes de base de l’écriture romaine – verticales et horizontales, diagonales et ronds -. « Si on laisse vivre les formes abstraites, on peut éviter les mots », nous dit Warjia Lavater ; « l’alphabet devient image, l’image devient alphabet ».
Son Petit Chaperon Rouge, paru en 1965 aux Editions Adrien Maeght, est un exemple qui illustre parfaitement cette phrase.

Au premier abord, c’est un livre-objet, à l’air précieux, une boîte de plexiglas qui dévoile en transparence juste assez de son mystère pour que le lecteur soit tenté de l’ouvrir. Puis, lorsqu’on l’ouvre, sa forme inusitée, insolite, ne peut laisser le lecteur passif. La longue bande de papier pliée en accordéon, qui peut se déployer, s’agencer, fait que, devant ce « volume », l’enfant, à la fois spectateur et lecteur, est obligé d’entrer dans le jeu. Le dépliant, fruit de l’influence japonaise, permet à l’enfant de se promener dans l’espace en lui offrant une autre dimension qui est la profondeur, et dans le temps puisqu’il peut, d’un seul regard, embrasser, embrasser le début et la fin. Le livre participe au mouvement.

Le questionnement est alors très fort, surtout s’il est soutenu et organisé par l’adulte, et l’enfant entre facilement dans le livre. D’autant plus facilement d’ailleurs que Warjia Lavater fait appel à une symbolique qui ne lui est pas étrangère : les taches vertes et brunes, c’est la forêt vue d’avion ; la tache noire, c’est la peur.
Et ici il n’est absolument pas question de pictogrammes, mais bien d’une œuvre peinte d’une écriture qui va bien au-delà du texte et, faisant appel à l’imagination de l’enfant, lui offre une vision plus large d’un conte traditionnel. Warja Lavater traduit le récit, non plus par une expression verbale, mais bien par l’expression picturale et artistique.

La structure du conte est nette et visible dès le départ : un état initial où tout est ordonné, un état intermédiaire où tout se complique et tout se joue, un état final où tout est ordonné de nouveau. En entrant dans la structure du récit, l’enfant entre du même coup dans la psychologie des personnages. Il s’identifie au Chaperon Rouge en voyant toutefois ce que le personnage ne voit pas : il anticipe.
En présentant ce livre, il ne s’agit nullement d’enfermer les enfants dans un système d’expression purement graphique puisque le thème choisi relève du fonds classique des contes et que les jeunes lecteurs connaissent, ou connaîtront facilement le texte.
C’est en fait une version de plus à faire découvrir aux enfants parmi les différentes versions, de la plus édulcorée à la version originale de Perrault, à laquelle correspond d’ailleurs tout à fait le livre de Warja Lavater.
Il semble très important que les enfants entendent d’autres voix. Warja Lavater, parlant avec la voix du peintre, paraît être un bon exemple. Les enfants sont prêts alors à voir d’autres histoires avec le regard de l’artiste.

Une expérience pédagogique

Situation de départ
Une classe enfantine – 20 élèves de 2 à 5 ans -, au 2ème trimestre de l’année scolaire.
Ce livre est différent de ceux que les enfants ont l’habitude de rencontrer, par sa forme et par sa conception. Il s’agit d’engager un travail dans deux directions : la narration et le système graphique.

1 – Le livre est déplié et affiché sur le mur afin que les enfants le prennent en compte dans sa globalité. Déjà, ils sont en situation de lecture : ils marquent le début et la fin de l’histoire ; ils recensent les personnages ; ils remarquent les différents lieux.
Dans ces premières séances d’appropriation globale du livre, les enfants parlent librement, sans autre intervention magistrale que celles leur demandant de formuler clairement leur pensée ou demandant au groupe d’écouter celui qui intervient et sollicitant les plus timides afin que chacun ose prendre la parole. Plus tard, on reprendra ce travail de lecture et on l’affinera en poussant les enfants à aller plus loin dans leurs hypothèses de lecture par un questionnement sur des points précis, des images-clefs. Par exemple : « Y-a-t-il une image qui fait peur ? » ou « Pourquoi tel personnage change-t-il de forme ? » « …de taille ? » etc.
Peu à peu les enfants sont conduits à rentrer dans le système graphique qui leur semblait étranger au départ. Ils vont devenir capables de comprendre et décoderont ainsi le message. Comme d’habitude, lorsque nous travaillons sur un livre, j’essaie de présenter le livre choisi dans un certain contexte. Ici, il s’agira d’autres livres sur les loups – albums ou documentaires -, de chants parlant de loups, de séances de vocabulaire ou d’expression poétique, ainsi que d’activités de TME.

Pour l’instant, les enfants ne connaissent pas le titre de l’histoire, ni son contenu réel. Mais je souhaite faire en sorte qu’ils puissent s’approprier le récit. Donc je vais travailler à partir d’autres illustrations du même conte.
Je présente aux enfants une dizaine d’images tirées du livres Le petit Chaperon Rouge, édité par l’Ecole des Loisirs. Nous travaillons alors en dénotation et en connotation sur chaque image, avant de les coller, dans l’ordre chronologique sur une bande da papier rappelant la forme du livre de Warja Lavater. Mais on ne lit pas le texte.
Je présente ensuite aux enfant une série de diapos (Nathan) sur Le Petit Chaperon Rouge et je raconte l’histoire : c’est à ce moment seulement que les enfants font le lien entre les trois formes d’une même histoire. Il ne reste plus qu’à mettre en parallèle les images réalistes de l’album de l’Ecole des Loisirs et celles, très symboliques, du livre de Warja Lavater, en plaçant l’une au-dessus de l’autre les deux bandes.

2 – En prolongement à ce travail de lecture, on peut pratiquer un travail d’ « écriture » qui se vira de réinvestissement. En utilisant le système graphique de Warja Lavater, nous allons essayer de raconter une autre histoire.
Le choix de cette histoire revient à l’enseignant, car elle doit répondre à certains critères

* peu de personnages, mais des personnages caractérisés

* une action bien découpée avec des temps forts bien marqués

* une certaine unité de lieu.

C’est le conte Les Trois Petits Cochons qui est retenu pour ce travail. À noter que l’action se déroule dans la forêt, qu’il y a un loup, comme dans Le Petit Chaperon Rouge.

On aura facilement six ou sept versions de l’histoire que les enfants doivent bien connaître.
Il faut tout d’abord procéder au découpage de l’histoire en séquences. Par un jeu de questionnement sur la chronologie, les lieux, les personnages, on aidera les enfants à raconter l’histoire très simplement, chaque phrase correspondant à une séquence, donc à une illustration à produire. Puis il faut rechercher les différents éléments de la symbolisation. Avec Les Trois Petits Cochons, le point de départ est aisé puisqu’on retrouve le loup et la forêt du Chaperon Rouge.
Enfin, il s’agit de réaliser des images, une à une, individuellement, après une discussion collective où l’on résoudra les problèmes de mise en page, de format et d’échelle.
La confrontation de tous les dessins permet ensuite de corriger les erreurs et de choisir le dessin qui correspond le mieux au texte et qui sera reproduit à la peinture.
Lorsque toutes les images sont définitivement réalisées et terminées, il ne reste plus qu’à les fixer et à les plastifier afin d’obtenir un livre facilement manipulable.

Denise ESCARPIT

BIBLIOGRAPHIE DES « IMAGERIES » POUR LES ENFANTS

GUILLLAUME TELL (1962) (Museum of Modern Art, New York)
LE PETIT CHAPERON ROUGE (1965) (ibid. en co-édition avec A. Maeght)
LA FABLE DU HASARD (1968) (Ed. A. Maeght)
LA MELODIE DE TUR-DI-DI (1971) (ibid.)
BLANCHE NEIGE (1974) (ibid.)
CENDRILLON (1976) (ibid.)
LE PETIT POUCET (1979) (ibid.)
LA BELLE AU BOIS DORMANT (1982) (ibid.)

En littérature jeunesse, fées et sorcières, mauvais genre ?

Septembre 2014 : notre numéro sur les fées et les sorcières interroge les archétypes d’un féminin qui évolue étrangement dans la littérature jeunesse.

Où sont passées les bonnes fées ailées et les horribles sorcières verruqueuses  des contes  pour enfants ? Les nouvelles figures mi-fées mi-sorcières, filles des mangas et des séries télévisées, cuisse fuselée et décolletés plongeants nous ont posé question.

Apparemment, vous aussi, chers lecteurs, avez réagi. Loic Jacob, des éditions Hong Fei, nous a écrit « J’ai lu ce numéro consacré aux fées et aux sorcières avec intérêt[…]. Il s’est trouvé que les remarques de fond sur l’évolution des traitements réservés aux figures archétypales dans l’édition jeunesse rejoignaient mes observations, les confortaient, et souvent les éclairaient d’un jour précieux. »

Nous sommes toujours avides de connaître vos réactions à ces sujets qui nous interpellent.

N’hésitez pas à nous écrire sur le site grâce à la page de contact.

Au fait, nous vous rappelons que c’est la bonne période pour s’abonner pour 2015. Si vous souhaitez uniquement ce numéro spécial sur les fées et sorcières, vous pouvez aussi nous le commander.

 

 

Numéro spécial 200

ABCguerre , de Sarajevo à Sarajevo : le numéro spécial 200 de la revue sera dans vos boites à lettres à la fin du mois de juin.
128 pages, une forme originale et une implication personnelle de tous les membres du Comité de lecture pour dire l’impact émotionnel authentique de ces commémorations 2014 Une convocation de la mémoire qui, loin des hommages officiels ou convenus, aura atteint son but et surtout bouleversé beaucoup de monde semble-t-il .
Et bien dans son rôle, NVL met en lumière des livres : des livres essentiels à redécouvrir, voire certaines pépites dont une de 1944, La bête est morte rééditée chez Gallimard, à connaitre absolument! autant que des nouveaux, remarquables, sur le sujet.

La bête est morte, Dancette et Calvo, 1944 - rééd. Gallimard 1996

La bête est morte, Dancette et Calvo, 1944 – rééd. Gallimard 1996