Beatrix Potter : une pionnière de la protection de la nature

Beatrix Potter : une pionnière de la protection de la nature

 

Beatrix Potter (1866-1943)  est une auteure-illustratrice anglaise de la fin du XIXème et début du XXème siècle. Elle appartient à cette génération d’illustrateurs appelée  « The Golden Age », «  le siècle d’or de l’illustration » et ses contes sont très célèbres.

Son œuvre est profondément ancrée dans le contexte de l’époque Victorienne et de la révolution industrielle en Angleterre. Cette dernière a engendré de grands progrès techniques dans tous les domaines. Rapidement des usines ont commencé à naître dans le paysage anglais, transformant des petites villes paisibles en cités industrielles. Mais cela a aussi entrainé la destruction irréversible du milieu naturel à cause des plaies laissées partout, par les travaux et les rails des chemins de fer dans la campagne anglaise.

Il ne faut donc pas s’étonner si dans le sillage du grand courant artistique des Pré-Raphaélites qui prônaient un retour à la nature, d’autres artistes et en particulier des illustrateurs se soient engagés à leur tour, s’adressant à la fois aux enfants et aux adultes pour protester contre les ravages causés par l’industrie et défendre la nature. Ce sera le cas pour Walter Crane, Randolph Caldecott, Kate Greenaway, Arthur Rackham. Ce sera aussi le cas pour Beatrix Potter sous une forme un peu particulière qui mérite d’être étudiée de plus près.

Biographie

Beatrix Potter est née dans une famille aisée de Londres. Son père Rupert Potter était avocat. Ils vivaient dans le quartier huppé de Kensington dans une grande maison typiquement Victorienne où la « nursery », lieu où résidaient traditionnellement les enfants, était au dernier étage. La jeune Beatrix,  élevée par trois gouvernantes, voyait très peu ses parents, s’ennuyait beaucoup et passait son temps à s’inventer des histoires. L’éducation à l’époque Victorienne était très rigide et pouvait même être très austère. C’était le cas dans la famille Potter où on avait des principes Calvinistes très proches du Puritanisme. La notion d’enfance n’existait pas encore, l’enfant n’était qu’un « petit adulte ». La petite fille sera marquée par cette éducation solitaire et en gardera une profonde timidité tout au long de sa vie.

Mais pendant la période estivale la famille Potter allait s’installer à Dalguise en Ecosse. Mr Potter aimait la pêche et la chasse et avait une passion pour la photographie. C’était un véritable enchantement pour la jeune Beatrix de découvrir la nature et de réaliser que tout ce qui peuplait d’ordinaire son imagination était vrai : les fermes, les animaux, même les grenouilles qu’elle pouvait capturer entre les pierres de la rivière, ou la souris qui se nettoyait les moustaches sous une feuille avaient une « vraie vie », et vaquaient à leurs occupations. Elle les trouvait intéressants, mystérieux, surprenants et passait des heures accroupie dans les fougères à les observer, à partager secrètement leur vie, à essayer de comprendre les sensations que l’on éprouve à se glisser sous l’herbe pour se dissimuler. Elle était aussi fascinée par les cours de ferme, les animaux et les gens qui y vivaient. C’est ce qui lui fera dire plus tard :

«  I do not remember a time when I did not try to invent pictures and make for myself a fairy land amongst the wild flowers, the animals, fungi, mosses, woods and streams, all the thousand objects of the countryside ; that pleasant unchanging world of realism and romance, which in our northern clime is stiffened by hard weather, a tough ancestry, and the strength that comes from the hills. »[1]

 Avec son frère Bertram de 6 ans son cadet, ils commencèrent à collectionner des plantes et des animaux qu’ils ramenaient de leurs promenades, à les dessiner et les peindre. C’est ainsi qu’à l’âge de 9 ans elle avait déjà rempli des cahiers entiers avec des dessins de plantes et d’animaux : lapins, vaches, moutons, chenilles etc. réalisés avec beaucoup de détails réalistes. Avec son crayon ou avec ses aquarelles la jeune naturaliste enregistrait la nature. Mais le monde imaginaire pointait déjà son nez car on voyait apparaître dans ses images des lapins en patins à glace ou habillés comme des humains.

De retour à Bolton Gardens à Londres, elle se retrouvait à nouveau seule car son frère fut envoyé très jeune en internat. Elle passait son temps à dessiner et à peindre l’herbier qu’ils avaient constitué pendant les vacances, à étudier des squelettes de mulots. Elle élevait aussi des escargots, un couple de souris qu’elle nourrissait avec du lait et des biscuits, un lapin sensé être dans un clapier au fond du jardin mais qui se retrouvait le plus souvent dans un panier bien douillet au coin du feu, et un hérisson femelle prénommée Tiggy, qui deviendra plus tard l’un des personnages des contes.

Elle se passionna de plus en plus pour les sciences de la nature qu’elle étudiait seule, puisque les filles à l’époque Victorienne n’allaient pas à l’université. Uniquement en observant, disséquant, dessinant, elle s’intéressait à la zoologie, la botanique, l’entomologie, la géologie et plus particulièrement à la mycologie. Ses aquarelles de champignons furent remarquées par les spécialistes et elle ira même jusqu’à écrire un traité sur La germination des spores de l’Agaricineae, mais elle ne pourra pas soumettre son étude à la Linnean Society de Londres, parce qu’elle est une femme.

En 1893 alors âgée de 27 ans elle écrit une lettre à Noël le fils d’une de ses gouvernantes :

           

« Mon cher Noël,

Je ne sais pas quoi t’écrire,

alors je vais te raconter l’histoire

de quatre petits lapins

qui s’appelaient : Flopsy, Mopsy, Cotton Tail et Peter

Ils vivaient avec leur mère, sous les racines d’un grand sapin… »[2]

C’est cette lettre retrouvée quelques années plus tard qui allait donner naissance à son premier conte : The Tale of Peter Rabbit[3]

Après avoir contacté plusieurs éditeurs sans succès, une édition privée est publiée. En 1901 le conte est tiré à 100 exemplaires et vendu à famille et amis. Pourtant l’éditeur Frederick Warne revient vers elle assez rapidement car il souhaite réaliser des petits formats et notamment « the bunny book ». En 1902 le petit livre sort et obtient immédiatement un très grand succès. Ce sera le début d’une longue collaboration avec Frederick Warne. Entre 1902 et 1930, 23 contes seront publiés au rythme de deux ou trois par an.

Pendant le processus de publication Beatrix Potter avait travaillé avec Norman Warne le fils de l’éditeur. Ils se fiancèrent en 1905, malgré la désapprobation des parents Potter qui considéraient qu’il n’était pas un parti assez bon pour elle. Mais Norman Warne mourra de pneumonie peu de temps après.

Avec l’argent des contes Beatrix Potter achète une ferme Hill Top Farm dans le Lake District où la famille avait aussi pris l’habitude de se rendre en vacances. Tout en poursuivant son travail d’écrivain et d’artiste elle se met à élever des animaux : cochons, canards, poules, moutons. Elle achète de plus en plus de terres et de fermes qu’elle remet en état et met en fermage.

A l’âge de 47 ans en 1913 elle se marie avec William Heelis, le notaire de Hawshead qui l’avait conseillée sur l’acquisition de ses biens. Le couple habitera désormais à Castle cottage dans le village de Near Sawrey, non loin de Hill Top Farm.

Elle va consacrer le reste de sa vie à la préservation d’une race de moutons appeléeHerdwick Sheep, race rustique typique de la région des lacs, réputée pour son endurance et la qualité de sa laine. Elle achète de plus en plus de terres et de fermes, les restaure et les meuble avec le style de la région  avec la volonté de préserver le patrimoine naturel et de le protéger de l’industrialisation sauvage.

A sa mort en 1943 elle lègue l’ensemble de son patrimoine au National Trust[4].

Peter Rabbit : un personnage symbole

Bien plus qu’un petit lapin, le personnage de Peter Rabbit est le symbole du monde de la nature et des animaux : lapins, souris, rats, chats, cochons, écureuils roux et gris, grenouilles, canards, peuplent l’ensemble de ses contes. Ils n’habitent pas tous dans la nature mais aussi dans des maisons, des cours de fermes ou des jardins.

Les illustrations de Beatrix Potter ressemblent à des petits trous un peu floutés, comme si on observait avec des jumelles, par le trou du grillage ou par une fente du grenier. Des images un peu voilées comme pour attirer l’attention sur cet espace méconnu à hauteur d’animal, encourager à le pénétrer, comme Beatrix Potter aimait le faire elle même en passant des heures à observer, accroupie au bord d’un étang, à imaginer la vie d’une grenouille par exemple, qui deviendra plus tard The Tale of Jeremy Fisher.

Un monde miniature : naturalisme et écosystèmes

Les vingt trois contes forment un ensemble cohérent car ils sont reliés entre eux. Certains personnages d’un conte, comme le lapin Benjamin Bunny ou le hérisson Mrs Tiggy Winkle réapparaissent dans d’autres contes[5]. Ils représentent ainsi un « monde miniature » cohérent, dans lequel on peut observer comment ils interagissent et vivent en symbiose avec leur environnement. C’est ce que l’on appellerait aujourd’hui un « écosystème ». Dans The Tale of Jeremy Fischer il est possible d’identifier 12 espèces d’animaux vivant dans l’étang où se déroule l’action.  L’intrigue est construite sur ce réseau de dépendances qui est aussi source de conflits entre les espèces. Ces identifications attirent l’attention sur la biodiversité grâce à des illustrations réalisées dans un style naturaliste avec des dessins précis, minutieusement détaillés et anatomiquement justes. Même si les animaux sont parfois habillés comme des humains, leurs attitudes et leurs réactions sont toujours en accord avec le comportement animal de l’espèce et de sa variété. Il en va de même pour le milieu dans lequel ils vivent. Tous les types de plantes, légumes, fruits, arbres, fleurs de jardin ou des champs, herbes sont parfaitement identifiables et ont été répertoriés pour chacun des contes[6]. Chaque personnage est toujours mis en scène en cohérence avec cet environnement précis. L’artiste souligne cet aspect d’écosystème également dans son style à travers des rimes formelles entre les animaux et les plantes, ici courbes et rondeurs, souplesse et flexibilité des lignes de la feuille de nénuphar et de la grenouille pour suggérer à quel point il est possible de retrouver l’un dans l’autre.

The Tale of Jeremy Fisher

Il est également possible d’observer des comportements animaux spécifiques lié à la notion de violation de territoire entre blaireau et renard par exemple dans The Tale of Mr Todd, ou de « niche écologique » dans The Tale of Squirrel Nutkin,qui met en scène des écureuils et une chouette hulotte.

Qu’on ne s’y trompe pas, si les contes de Beatrix Potter nous entrainent vers un merveilleux attendrissant car on a l’impression de partager la vie et l’intimité des animaux, ce sont aussi des contes profondément réalistes : manger ou être mangé, telle est la loi de la nature et chaque personnage doit assumer les conséquences de ses actes. Si Peter Rabbit va dans le jardin de Monsieur McGregor pour manger ses carottes il risque de se faire mettre en sauce. Si Squirrel Nutkin agace trop la chouette hulotte avec ses galipettes stupides, il risque de se faire manger car celle-ci se nourrit de petits mammifères.

Les lieux sont également parfaitement identifiables : le Lake District, le village de Near Sawrey, la ferme de Hill Top, les lacs de Derwentwater, Esthwaite, Connistonwater,  Keswick, ainsi que des fermes spécifiques. Tout cela donne lieu aujourd’hui à des itinéraires touristiques très prisés.

Sensibiliser les enfants à la nature 

Le succès des contes de Beatrix Potter réside dans la manière dont elle communique avec son lecteur et notamment à travers le regard. Très souvent les personnages regardent dans la direction de l’enfant pour l’attirer dans l’histoire, dans l’image, dans l’observation de la nature et des animaux. Ce désir de communiquer avec l’autre n’a rien de calculé, il est le résultat d’une sincérité bien réelle de partager ce monde qui la passionne et qu’elle souhaite protéger. Elle créé une complicité avec le lecteur par l’intermédiaire du personnage qui nous regarde, soit pour le prendre à témoin de ce qui est en train de se passer, pour l’interroger, et l’amener à réfléchir par l’intermédiaire de l’image. On a parfois l’impression que la conversation est sur le point de s’engager.

       

The Tale of Mrs Tittlemouse                         The Tailor of Gloucester

Si Beatrix Potter attire l’attention sur une dialectique entre l’animal et son milieu elle attire aussi l’attention sur une dialectique entre l’humain et l’animal par le biais de l’anthropomorphisme. Très tôt dans ses images elle a habillé ses animaux. Peut-être pour exprimer sa tendresse, sa complicité voire son identification avec l’animal. Mais quand on analyse la manière récurrente dont cela revient dans les contes, on s’aperçoit que ce motif peut aussi nous dire d’autres choses.

Les vingt trois contes s’interpénètrent et forment un monde cohérent. Ils sont en même temps une mise en scène, non pas de la nature mais d’une représentation de la nature. La petite souris qui nous regarde avec sa coiffe enrubannée et sa robe à fleurs et à volants est très mignonne. Mais le miroir qu’elle tient est aussi le miroir que l’auteur nous tend de la société Victorienne. La classe de nouveaux riches qui a vu le jour avec les progrès de l’industrialisation aime s’afficher de manière ostentatoire à travers de beaux vêtements. L’apparence, l’image que l’on donne de soi même et de sa famille est très importante à cette époque.

On ne peut pas également s’empêcher de penser que cette petite souris doit se sentir bien ridicule, engoncée dans ses vêtements qui l’empêchent de bouger. Dans The Tale of Tom Kitten, les trois chatons dans leurs jeux endiablés perdent leurs vêtements, les salissent et les déchirent. On peut  y voir le symbole du retour de l’animal à son animalité donc à la nature. Dans d’autres contes les personnages portent des vêtements beaucoup plus simples comme Beatrix Potter aimait les faire elle-même. Cette mise en scène, cette théâtralisation de la nature à travers l’anthropomorphisme est une parodie de la société Victorienne et de tout ce qu’elle symbolise d’enrichissement personnel mais aussi de destruction du milieu naturel sous prétexte de progrès. Attirer l’attention sur le vêtement c’est attirer l’attention sur le lien entre l’humain et l’animal. Inviter au respect de l’animal et de son milieu à la nécessité d’un dialogue entre l’homme et l’environnement qu’il doit préserver au lieu de le  détruire.

 Une poétique de la nature

Que ce soit à travers ses dessins naturalistes, son approche scientifique, ses études du comportement animal et de son milieu, les contes de Beatrix Potter sont un hymne à la nature. On pourrait même dire une poétiquede la nature, au carrefour de l’art, de la science, de la philosophie environnementale. Car au-delà du réalisme elle accentue l’instantanéité du moment pour le rendre symbolique. Elle fait du geste artistique un acte militant pour réhabiliter l’exploitation des terres et l’élevage des animaux tout en respectant l’environnement. Le don ultime de tout son patrimoine au National Trust montre à quel point elle souhaitait protéger ce patrimoine naturel et culturel.  Ses magnifiques aquarelles des paysages du Lake District qui servent d’arrière plan aux scènes des contes, sont autant de messages adressés aux enfant comme aux adultes pour ne pas abimer, gâcher ces biens précieux et fragiles. Elle invite au contraire à vivre en harmonie avec la nature et à agir pour la préserver.

Protéger la nature

Paradoxalement,  et malgré l’industrialisation galopante au XIXème siècle, les Victoriens adoraient la nature et ne sont donc pas restés insensibles au cri d’alarme lancé par les artistes. Différentes approches culturelles ont eu au cours des siècles des regards très différents sur la nature. Dans un article intéressant sur l’imagination environnementale’, Stéphanie Posthumus[7]cite le sociologue Jean Viard[8]qui traite de l’importance de la religion dans les approches de la nature. Selon lui le catholicisme aurait en France amené à un attachement à une « nature cultivée », façonnée, domptée « restauratrice, nationaliste, rentabilisatrice » pour être au service de l’homme.  Alors que le protestantisme anglo-saxon aime la « nature sauvage » apprivoisée à laquelle l’homme a toujours essayé de s’adapter, de s’intégrer, de prendre sa place au même titre que les autres espèces et « qui a donné naissance à des lois de conservation ». Il est indéniable qu’en Angleterre la nature a toujours été sauvegardée. Les nombreux parcs à Londres et dans toutes les grandes villes, les parcs naturels, le style des jardins que ce soit à travers l’art dans la peinture ou dans la réalité a toujours préféré des structures souples et flexibles, les formes arrondies avec des camaïeux de couleurs à la symétrie et à la rigidité des formes géométriques.

A la fin du XIXème Beatrix Potter avec d’autres artistes a montré le chemin. Mais elle est allée plus loin, car elle a dédié la deuxième partie de sa vie à la protection de la nature, telle qu’elle l’avait imaginée dans ses contes.

Janie Coitit-Godfrey

[1]Margaret Lane, The Tale of Beatrix Potter, Frederick Warne & Co Ltd, 1971, p. 32.

« Aussi loin que je me souvienne, j’inventais toujours des images et me créais des mondes féériques parmi les fleurs sauvages, les animaux, les champignons, les mousses et les ruisseaux, tout cet univers de la campagne. Ce monde immuable de réalisme et de poésie, qui dans notre climat nordique est forgé par les intempéries, des ancêtres vigoureux, et la force qui nous vient des collines ». Traduction par nos soins.

[2]Traduction par nos soins.

[3]L’histoire de Pierre Lapin. Trad. française Gallimard Jeunesse.

[4]Le National Trust est une organisation crée en 1895 en Angleterre. Elle est aussi présente au Pays de Galles, en Irlande du Nord et en Ecosse. Elle vise à la protection et à la restauration du patrimoine britannique.

[5]Cet aspect n’a pas toujours été pris en compte dans les traductions qui ont parfois donné des noms différents à des personnages qui existaient dèja.

[6]Janie Coitit-Godfrey, Le monde Beatrix Potter, thèse de doctorat d’Etat, 1988, p. 514-523.

[7]Stéphanie Posthumus : Penser l’imagination environnementale française sous le signe de la différence Dans Raison publique 2012/2 (N° 17), pages 15 à 31.

[8]Jean Viard, Le Tiers espace. Essai sur la nature, Paris, Klincksieck, 1990.

Exposition rétrospective de l’oeuvre de Jacqueline Duhême

Exposition rétrospective de l’oeuvre de Jacqueline Duhême

Grande exposition rétrospective de l’œuvre de Jacqueline Duhême à la Bibliothèque Forney à Paris jusqu’au 13 juillet 2019. Grande illustratrice jeunesse, elle a travaillé avec Matisse, illustré Prévert, Eluard, Raymond Queneau, Elisabeth Badinter, Gilles Deleuze, Maurice Druon, Miguel Angel Asturias et bien d’autres…
Cette exposition retrace aussi son œuvre comme créatrice de tapisseries.
https://quefaire.paris.fr/71482/jacqueline-duheme-une-vie-en-couleurs-de-matisse-a-prevert

Conférence de Janie Godfrey  sur les grands illustrateurs du Golden Age

Conférence de Janie Godfrey sur les grands illustrateurs du Golden Age

Le mardi 9 mars Janie Godfrey a donné une conférence à l’Athénée de Bordeaux

L’Illustration dans le livre de jeunesse a connu une période de gloire au XIXème siècle en Angleterre, à tel point qu’on l’a appelé : « le siècle d’or de l’illustration ». Les progrès techniques, le développement du commerce et de l’édition, un nouveau regard sur l’enfance et l’éducation à l’époque Victorienne, donnent un nouvel élan à une forme artistique restée jusque là un peu en retrait, et qui s’adresse maintenant au plus grand nombre. L’illustration est aussi à cette époque au carrefour de courants artistiques et littéraires en pleine mutation. En s’adressant tant aux enfants qu’aux adultes, elle questionne le développement de la révolution industrielle en Angleterre à travers des illustrateurs de grands talents. C’est ainsi que nous essaierons de décripter les messages que des illustrateurs célèbres comme Edward Lear, John Tenniel, Walter Crane, Randolph Caldecott, Kate Greenaway, Beatrix Potter, Arthur Rackham, et Edmond Dulac tentent de faire passer sur la société de leur temps.

Tomi Ungerer  (1931-2019)

Tomi Ungerer (1931-2019)

Le grand Tomi Ungerer nous a quittés.

Originaire d’Alsace, après une jeunesse globe-trotter, il avait commencé dans les années 50 sa carrière de dessinateur dans la publicité aux Etats-Unis et travaillé pour des médias aussi célèbres que The New York Times, Life Magazine ou Esquire. Parallèlement à sa carrière de publicitaire et d’affichiste, il a illustré pas moins de 80 albums pour enfants en 10 ans aux éditions Harper & Row.

Tout le monde se souvient des Trois Brigands (1961) ou du Géant de Zéralda (1967) et de bien d’autres…

Son style d’illustration très influencé par les techniques publicitaires, sait par les graphismes, accrocher le lecteur avec des formes simples et des couleurs contrastées, qui ont toutes une valeur symbolique, le bleu glaçant, le rouge sang. L’humour est aussi toujours présent à travers le regard. A moitié cachés sous leurs capes et hauts chapeaux de feutre noirs les yeux des 3 brigands jouent à faire peur plus qu’ils ne font vraiment peur, ils font même rire… car ils créent une connivence, une complicité avec le lecteur, comme pour mieux l’attirer dans l’image et l’inviter à les suivre dans l’histoire.

Il en va de même pour le Géant de Zéralda, l’ogre un grand couteau à la main regarde le lecteur d’un sourire ambigüe mi rieur mi grimaçant, mais la petite fille assise sur ses genoux n’a pas peur, elle lui sourit même. Cette technique de prise à témoin par le regard est nouvelle dans les années 50/60 et induit une dimension satirique qui lui permet de dénoncer les travers de la nature humaine, et à la manière de son grand maître Guillaume Doré aussi de revisiter les contes.

En 1998, il avait obtenu le prix Hans Christian Andersen, mention illustrateur, la plus haute distinction pour un auteur de livres jeunesse.

Son œuvre dépasse largement le cadre de l’illustration jeunesse puisqu’il a aussi fait des collages, de la sculpture, du design architectural et est l’auteur d’essais philosophiques, de nouvelles, de satires socio-politiques.

Une grande partie de son œuvre est exposée au musée de Strasbourg et deux expositions  auront lieu au printemps à Paris.

Il s’est éteint le 9 février à Cork en Irlande où il vivait depuis plusieurs années.

Janie Coitit-Godfrey