Engagements d’écrivaines : ce que peut la littérature de jeunesse post-coloniale

Engagements d’écrivaines : ce que peut la littérature de jeunesse post-coloniale

L’état social du monde actuel désigné sous le vocable de « société-monde » par plusieurs chercheurs (Daniel Mercure, Denis Duclos) se caractérise par deux réalités principales : le mouvement et la connexion. En effet, ainsi que l’explique Marc Abélès dans son anthropologie de la globalisation : « les gens et les lieux de par le monde sont aujourd’hui extensivement et densément connectés les uns aux autres en raison des flux transnationaux croissants de capitaux, de marchandises, d’informations, d’idées, et d’êtres humains. » On assiste dès lors à une « interpénétration des sociétés »[1] qui s’accroît considérablement après 1989. Or, cette globalisation implique de nouvelles configurations sociales qui nécessitent que l’on reconsidère la production aussi culturelle que littéraire, et plus largement les politiques d’identité, pour les adapter aux nouveaux besoins identitaires.

Face à cette situation, éditeurs et écrivains s’engagent sur des questions identitaires auprès des enfants afin de proposer de nouveaux modèles au monde. Par exemple, plusieurs écrivaines connues dans le champ de la littérature générale ont intégré le secteur littéraire destiné à l’enfance et à la jeunesse dans le but de produire des signes identitaires capables d’aider les jeunes lecteurs à se retrouver dans le maëlstrom de la mondialisation : c’est notamment le cas de Louise Erdrich et de Maryse Condé, deux écrivaines-mondes respectivement amérindienne et antillaise qui proposent aux jeunes lecteurs des textes susceptibles de les aider à se construire dans la société-monde. Leur pratique « bi-éditoriale »[2] se pose en s’opposant comme une contribution à une nouvelle manière d’habiter le monde interculturel d’aujourd’hui. Dans cet article, il va être question de s’interroger sur la place de la littérature de jeunesse post-coloniale en contexte de société-monde à partir des postures et des œuvres de ces deux écrivaines issues d’espaces culturelles minoritaires (peu influentes dans la culture-monde). En se basant exclusivement sur des textes qui circulent en France, la réflexion va consister à analyser la scène littéraire comme imaginaire-monde à partir des personnages qui sont mis en avant et de l’ensemble des univers romanesques. Il s’agira donc de montrer comment les écrivaines construisent leurs récits autour des personnages à la fois géoculturalisés et ouverts sur le monde afin de faciliter l’intégration du lecteur européen dans le récit.

  1. Ouvrir les enfants sur le monde

Les postures postcoloniales de Maryse Condé et de Louise Erdrich reposent sur plusieurs modalités poétiques : la présentation de soi, la mise en avant d’un héritage culturel, le devoir de mémoire et la construction d’un espace littéraire interculturel. Ces éléments de l’éthos des auteures sont lisibles aussi bien dans leurs littératures pour les adultes que dans leurs littératures destinées à l’enfance et à la jeunesse qui poursuivent un but politique bien assumé par les auteures : construction d’un lecteur-monde sensible aux réalités actuelles de la globalisation culturelle, sensibilisation à la tolérance et au vivre-ensemble. Or, l’acquisition de ces valeurs passe aussi par la connaissance de l’Autre et par l’acceptation de ses différences.

 

  • À la découverte du monde amérindien…

Écrivaine de la Renaissance amérindienne, Louise Erdrich inscrit son œuvre dans la logique d’une valorisation du patrimoine culturel amérindien et propose par là-même, une histoire du peuple ojibwé auquel elle appartient. En écrivant sa série littéraire The Birchbark house[3], elle entendait en effet transmettre un héritage aux jeunes amérindiens et, en même temps, présenter les contours de la société ojibwée d’antan aux lecteurs non-amérndiens. En expliquant ses attentes quant à la réception de sa série, elle insiste sur ce dernier point :

Je veux que les gens entrent dans ce monde et que les enfants en particulier s’identifient et entrent dans un monde où ils appartiennent à une famille amérindienne. Cette famille avait ses colères, ses épreuves, son bonheur, ses douleurs, son héroïsme, son désespoir et ses contrariétés. Vous savez, tout ce que la famille de quelqu’un a.

Je veux que les lecteurs aient une compréhension plus compliquée des Amérindiens et se rendent compte que les gens ont survécu. À ce jour, les gens parlent leur langue, vivent dans leur propre culture et possèdent une grande diversité de cultures. C’est ce que je voulais faire avec ces livres.[4]

On voit bien que le combat littéraire de Louise Erdrich tient compte des réalités actuelles du monde qui fonctionne désormais par interconnexions multiples. En effet, le texte a une forte dimension interculturelle qui permet aux enfants amérindiens de s’ouvrir au monde et, à l’inverse, aux enfants non-amérindiens de découvrir les réalités de la vie des ojibwés, notamment leur structure sociétale et familiale. La circulation du texte prouve bien qu’il est question d’inviter le monde à s’intéresser au vécu des ojibwés puisque d’ailleurs, parmi les cinq tomes de la série, deux ont bénéficié d’une traduction en langue française publiée chez L’école des loisirs et circulant en France et, plus largement, en Europe. Cela sous-entend donc que ces textes sont lus par des jeunes lecteurs qui y vivent et qui en parcourant les œuvres, découvrent l’histoire, la langue et les traditions du peuple ojibwé.

La confrontation avec le monde amérindien passe majoritairement par les personnages ojibwés qui, bien qu’étant géoculturalisés, sont d’une certaine manière ouverts sur le monde. Dans The Birchbark house, le choix des personnages principaux n’est pas anodin. Par exemple, le personnage principal Omakayas est une petite fille ojibwée : « On l’appelait Omakayas ou petite grenouille parce que son premier pas était un saut. »[5] Depuis la couverture (édition traduite en français), le lecteur européen s’attend à découvrir des personnages différents puisque l’image qui y figure est représentative d’une société évidemment distincte de la sienne. Dans ce cas précis, en effet, il s’agit d’une photographie de Thomas Hopker susceptible de susciter la curiosité des lecteurs (le paysage, l’accoutrement des personnages, l’architecture des habitations).

 Image 1. Couverture d’Omakayas (version française de The Birchbark house)

Dans les remerciements, Louise Erdrich tient à préciser la provenance du nom Omakayas et la dimension historique de ce personnage : « […] Le prénom Omakayas apparait dans un recensement effectué sur le Mont Tortue. Je l’utilise dans sa version originale car on m’a appris qu’il fallait redonner vie aux prénoms anciens. Cher lecteur, cher lectrice, quand tu prononceras ce prénom, tu rendras hommage à une fille ojibwa qui vécut il y a bien longtemps. »[6] Cette précision apparaît comme une posture littéraire postcoloniale qui vise à conférer au récit un caractère historique. De plus, l’écrivaine invite les lecteurs à participer à ce devoir de mémoire en prononçant le nom du personnage principal. C’est peut-être ce qui explique le titre de la traduction du Tome 1 qui n’est autre que le nom du personnage principal.

On pourrait également citer d’autres indices tels que l’utilisation de l’oralité et du cycle romanesque, la présence des contes et le rapport à la nature qui caractérisent tous aussi bien la société ojibwée. Tous ces détails participeraient à faire rentrer le lecteur européen dans un univers autre que le sien.

  • Figures de protagonistes noirs

Toute comme Louise Erdrich, la littérature de jeunesse de Maryse Condé repose sur un engagement identitaire auprès des jeunes lecteurs. Il s’agit de mieux intégrer les enfants caribéens (et plus largement, les enfants noirs) de la Diaspora dans le monde et, à l’inverse, permettre aux autres enfants-lecteurs de comprendre la situation actuelle des enfants noirs. Dans une interview avec Cécile Lebon, elle revient sur ses motivations en ces termes :

Aujourd’hui plus que jamais il est bon d’intéresser les jeunes caribéens à l’histoire coloniale. Les migrations, la globalisation non élucidée, ajoutent à la complexité du monde. Il est bon par exemple d’expliquer que ce dernier phénomène dont on parle tant n’est pas nouveau pour la diaspora africaine. Il a en réalité commencé dès que le premier “asiento”2 a été signé par le roi d’Espagne pour l’importation d’esclaves africains. Depuis cette époque la diaspora africaine a dû s’adapter à un nouvel environnement, affronter d’autres cultures. Si le jeune caribéen est au courant de cette continuité dans la dispersion, la dépossession et l’oppression, il analyse mieux les phénomènes actuels.[7]

Le roman La Belle et la Bête : une version guadeloupéenne[8] qui comme l’indique le sous-titre s’inspire du célèbre conte occidental « La Belle et la Bête » résume bien le projet littéraire de l’écrivaine. Publié à Paris et donc susceptible de tomber entre les mains des jeunes français, le texte assume dès la couverture une déterritorialisation du conte et pourtant bien connu des enfants. Au-delà du titre, l’image qui y figure met en avant deux personnages supposés être « La Belle » et la « Bête » guadeloupéennes. En effet, on y voit une jeune fille métisse vêtue d’une robe blanche avec des motifs de madras –un tissu apprécié des populations créoles –, parée d’un collier en perles et portant un panier de fruits, qui s’avance vers un homme de teint noir, supposé être « La Bête ». Outre les couleurs des peaux des personnages, le décor naturel (cocotiers, rivière, verdure, collines) fait penser au climat chaud des tropiques. Ainsi, les lecteurs habitués à une « Belle » blanche et à un espace occidental avec des bâtiments tels que le château de la Bête se laissent entraîner vers d’autres réalités géoculturelles. De plus, l’écrivaine choisit, malgré le genre du conte, de donner un cadre réaliste au roman, certainement dans le but de faire découvrir la Guadeloupe aux autres lecteurs. Par exemple, la majorité des lieux cités sont réels (Basse-Terre, Deshaies, Matouba), de même que les références à l’histoire (l’ouragan Katrina qui peut permettre de situer le récit à 2005) et à la situation sociale et politique de la Guadeloupe (le mouvement de Pwotification).

Image 2. Couverture de La Belle et la Bête : une version guadeloupéenne

 

  1. Ce que peut la littérature de jeunesse post-coloniale en contexte de société-monde

 

-L’être humain a besoin d’être rassuré. Il n’aime pas trop ce qui risque de le déranger dans ces certitudes. Il a tendance à se méfier de ce qui est nouveau. Souvent on a peur de ce qu’on ne connaît pas.[9]

2.1. Poétique du monde

Dans sa théorie de la littérature de jeunesse, Nathalie Prince précise la place du personnage et le lien qu’il entretient avec son lecteur :

Le personnage apparaît à plus d’un titre comme la pièce essentielle des drames enfantins. C’est par lui que se signale l’originalité de cette littérature, une originalité qui n’est pas seulement due à la polymorphie des incarnations ‘animaux fantastiques, bavards, sorcières-fées, magiciens, magiciennes, éléphants skyeurs, génies des larmes ou du rire) mais à la fonction et au rôle que le personnage adopte souvent dans ce type de littérature Parce qu’il ne saurait se comprendre sans son aspect esthétique, c’est-à-dire sans sa réception lectorale, le personnage est intimement lié à son jeune lecteur.[10]

Bien que les enfants-personnages de Louise Erdrich et de Maryse Condé sont différents de leurs lecteurs européens du point de vue de la race, des traditions, etc., ces derniers ont en partage l’enfance qui de par son universalité les réunis au sein de la société-monde. En effet, les écrivaines, au-delà des réalités locales, n’hésitent pas à mettre en avant d’autres éléments susceptibles de briser la barrière de l’inconnu. Un premier élément est assurément l’âge des personnages qui s’adaptent à la tranche d’âge des lecteurs : Omakayas a 9 ans au début du récit qui s’adresse à des lecteurs âgés au minimum de 8ans. Quant au roman La Belle et la Bête, il s’adresse à des lecteurs adolescents âgés au moins de 14-15ans avec des personnages principaux adulescents. Cette sorte d’édition chronospécifique[11] permet aux lecteurs de suivre beaucoup plus facilement les personnages « étrangers » qu’ils rencontrent. Nathalie Prince souligne bien que « L’enfant et l’adolescent en littérature […] sont des apparitions qui valent pour essence : ces personnages mimétiques ou contre mimétiques, surmotivent le texte de jeunesse. »[12]

Outre l’âge des personnages, il y a ces derniers évoluent le plus souvent dans une espace multiculturel, semblables à ceux des lecteurs. L’album A la courbe du Joliba[13] met en scène des personnages qui évoluent dans la vidéosphère, qui adorent le cinéma, le football, etc., qui consomment des plats du McDonalds, des sodas (coca), et qui apprécient le cinéma américain et asiatique. On voit bien que tout cela n’est pas anodin ; d’ailleurs on peut l’interpréter comme un moyen de montrer les réalités semblables que vivent les enfants aujourd’hui.

Un autre élément qui pourrait permettre aux lecteurs de mieux intégrer les univers décrits dans les textes repose sur la dimension esthétique ; ce que Steeve Renombo nomme la mondialisation littéraire pour décrire :

[les] modalités de réception esthétique de la mondialisation perçue comme objet dynamique susceptible de générer des rationalités et problématiques singulières. Il s’agit de se demander, en d’autres termes, à travers quels dispositifs formels la littérature africaine francophone ne fait pas que subir la mondialisation mais s’y confronte à en élaborant une riposte. Il s’agit donc d’interroger les modes d’inscription, de présence et de figuration de la mondialisation, promue au rang d’objet narratif. Comment les dynamiques à l’œuvre dans la mondialisation (flux, circulation, hybridité, virtualité, furtivité et ductilité, transversalité, polyphonie, etc.) affectent-elles, convertissent-elles les structures canoniques du roman ? Quelles sont les nouvelles rationalités produites, les nouveaux « partages du sensible (Rancière) » et procès de représentation du chronotope  (Bakhtine): en résumé, l’hypothèse d’un roman dit de la mondialisation est-elle seulement soutenable ?[14]

Cette esthétique du monde se lit à travers quatre procédés dont : l’intertextualité (la pluralité des références littéraires, musicales et filmiques dans La Belle et la Bête de Maryse Condé participent de l’ouverture de l’enfant-lecteur sur le monde), l’intergénéricité (le passage de l’écriture romanesque au conte ou la présence des images chez Louise Erdrich offre au lecteur une richesse artistique et littéraire en même temps qu’il lui permet de voir, à travers les illustrations, des objets culturels décrits par le langage linguistique), le phénomène de l’interlangue (la coprésence des langues française et ojibwée et surtout la présence d’un glossaire dans le péritexte, permet au lecteur d’intégrer jusqu’à l’univers linguistique du peuple ojibwé). Chez Maryse Condé, on souligne également le phénomène de réécriture (le cas de La Belle et la Bête) qui crée un imaginaire commun entre les lecteurs antillais et les lecteurs métropolitains.

En prenant en compte la société-monde dans laquelle évoluent les enfants-lecteurs, les écrivaines usent d’une sorte d’esthétique pédagogique de la mondialisation. Chez Maryse Condé, cela se manifeste par l’explication des mots créoles ou des réalités propres aux Antilles et parfois, des mots difficiles. La Belle et la Bête, par exemple, comporte plusieurs notes infrapaginales qui orientent le lecteur avec des précisions, des explications et des traductions : à la page 19, la note 3 explique un mot : « Volière : grande cage à oiseaux… »[15] ; tandis que la note 5 définit un mot de la langue créole : « Raziés : buissons, en créole »[16]. Et à la page 24, la note 3 apporte des précisions sur une réalité géographique : « Dominique : île britannique de l’archipel des Caraïbes »[17]. Ce procédé est lisible dans toutes les œuvres de Maryse Condé destinées aux jeunes lecteurs, dans lesquelles elle n’hésite pas à insérer des appels de notes. Chez Louise Erdrich, l’esthétique didactique est beaucoup plus lisible à travers des éléments paratextuels : la table de matières, le glossaire, les notes de l’auteure s’adressant parfois au lecteur et les cartes ou les croquis permettant au lecteur-européen (et pas que) de mieux intégrer le contexte narratif. Concernant la cartographie, on retrouve ce même procédé dans plusieurs textes de la littérature de jeunesse post-coloniale publiée en France : Yacouba, chasseur africain[18] d’Ahmadou Kourouma, Chiens fous dans la brousse[19] de Maryse Condé, Ma Sœur-Etoile[20] d’Alain Mabanckou et Judith Gueyfier, Alpha, Abidjan-Gare du Nord[21] de Bessora et de Barroux, dans Tropique du la violence de Gaël Henry[22].

 

  • Composer avec l’altérité

Si la mise en avant des personnages non-européens dans les littératures de jeunesse amérindienne et antillaise apparaît comme une attitude « évidente », on peut néanmoins s’interroger sur la réception de cette représentation dans la société française. Le phénomène de société-monde impliquant un nouvel ordre social caractérisé par les interconnexions multiples –engendrés par les nouvelles technologies, les nouveaux motifs et moyens de communications et de transport – implique que l’on prenne en compte la situation interculturelle à laquelle sont confrontés les jeunes lecteurs : classes, médiathèques, clubs, lieux de culture, etc. La littérature de jeunesse post-coloniale joue, dès lors, un rôle important dans la mesure où elle prend en compte la nécessité d’intégrer le public immigré dans la société-monde en même temps qu’elle donne des outils aux jeunes européens pour comprendre les « Autres » dans leur diversité. C’est donc une production qui répond, en partie, au besoin de faire « monde », comblant l’absence des cultures minoritaires (ici, celles des antillais et des amérindiens) dans le sillage de la culture-monde. Si, comme l’explique Tahar Ben Jelloun, la haine de l’Autre vient du fait qu’on ne le connait pas, alors l’une des manières de penser le vivre-ensemble repose sur la conception d’un imaginaire commun et, surtout, la connaissance de l’Autre. De ce point de vue, le lecteur européen en s’attachant à des personnages antillais (ou plus largement africain) et amérindien, apprend à passer outre les différences raciales, culturelles et sociales voire linguistiques qui les distinguent pour faire monde avec eux !

[1]              Abélès, Marc. Anthropologie de la globalisation. Paris : Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2012, 302 p., p. 17.

[2]              La « bi-éditorialité » désigne l’aspect sociologique (au sens de la sociologie littéraire) de la mixité éditoriale. Il s’agit du comportement éditorial des écrivains qui publient à la fois pour les adultes et pour les jeunes lecteurs. Cf. Merveilles Mouloungui, « Alain Mabanckou et ses deux lectorats : bigraphie et construction d’un lecteur-monde », dans : Mas, Marion ; Mercier-Faivre, Anne-Marie. Écrire pour la jeunesse et pour les adultes. D’un lectorat à l’autre. Paris : Classiques Garnier, coll. Rencontres, n°459, 2020, p.113-129.

[3]              The Birchbark house : titre d’une série de 5 romans pour les jeunes lecteurs publiée par Louise Erdrich entre 1999 et 2016 (versions originales). Les deux premiers tomes (The Birchbark house et The Game of silence) ont été traduits en français par Fréderique Pressman respectivement en 2002 et en 2005. Dans cette étude, nous nous intéressons principalement à ces deux textes susceptibles d’influencer le lectoratfrançais puisque circulant en Europe, notamment en France.

[4]              Interview de Louise Erdrich avec Teaching books. [en ligne]
https://www.teachingbooks.net/interview.cgi?id=63&a=1. Consulté le 03.07.21.

[5]              Erdrich, Louise. Omakayas. Trad. Frédérique Pressmann. Paris : l’École des loisirs, coll. Médium, 2002, 203 p, p.13.

 

[6]              Erdrich, Louise. Omakayas, « Remerciements »

[7] Entretien de Maryse Condé avec Cécile Lebon. [en ligne]     http://cnlj.bnf.fr/sites/default/files/revues_document_joint/PUBLICATION_5628.pdf. Consulté le 03.07.2020.

[8]              Condé, Maryse. La Belle et la Bête : une version guadeloupéenne. Paris : Larousse, coll. Contemporains, classiques de demain, 2013, 109 p.

[9]              Ben Jelloun, Tahar. Le racisme expliqué à la fille. Vingt ans après : ce qui a changé (1998-2018).

[Edition augmentée et refondue]. Paris : Seuil, 2018, p.42.

[10]            Prince, Nathalie. La littérature de jeunesse : pour une théorie littéraire. Paris : Armand Colin, coll. U Lettres, 2015 [2010], p.128.

[11]            Ferrier, Bertrand. Les livres pour la jeunesse. Entre édition et littérature. Rennes : Presses universitaires de Rennes, coll. Didact Edition, 2011. p.20.

[12]            Prince, Nathalie. La littérature de jeunesse : pour une théorie littéraire. p.97.

[13]            Condé, Maryse ; Letizia Galli (Ill.). À la courbe du Joliba. Paris : Grasset Jeunesse, coll. Grands lecteurs, 2006.

[14]            Renombo, Steeve. « Imaginaires littéraires francophones et mondialisation. Entre grondements et bruissements », dans : Enongoue, Flavien ; Maukala Ndoumou, Nzinzi, Pierre Dominique. L’Afrique dans les éblouissements du monde, Au miroir du monde Tome 2. [Préf. Bertrand Dadier, Post. de Guy Rossatanga-Rignault]. Paris : Cent mille milliards ; Descartes et Cie, 2019, 355 p., p.251.

[15]            Condé, Maryse. La Belle et la Bête. p.19.

[16]            Condé, Maryse. La Belle et la Bête. p.19.

[17]            Condé, Maryse. La Belle et la Bête. p.24.

[18]            Ahmadou Kourouma ; Millet Claude ; Millet Denise (Ills.). Yacouba, chasseur africain. Paris : Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior, 1998.

[19]            Condé, Maryse. Chiens fous dans la brousse, dans : Je bouquine, no268, juin 2006, pp.12-52.

[20]            Alain Mabanckou ; Judith Gueyfier (ill.). Ma Sœur-Etoile. Paris : Seuil Jeunesse, 2010.

[21]            Bessora ; Barroux (ill.). Alpha, Abidjan-Gare du Nord. Bande dessinée. Paris : Gallimard Jeunesse, 2014.

[22]            Henry, Gaël. Tropique de la violence. [Bande dessinée d’après le scénario de Natacha Appanah]. Paris : Sarbacane, 2019.

 

Merveilles Mouloungui

Membre de l’Afreloce et de l’Institut Charles Perrault, Merveilles Mouloungui est doctorante à l’Université de Lorraine et rattachée au centre ECRITURES où elle prépare une thèse de littérature comparée sous la direction du pr. Pierre Halen (université de Lorraine) et du pr. Sylvère Mbondobari (université de Bordeaux).

Titre de la thèse : Société-monde et production identitaire en contexte post-colonial. À propos de l’implication en littérature pour la jeunesse de Maryse Condé, Louise Erdrich et de Véronique Tadjo.

Ses différents travaux portent sur les identités en contexte de mondialisation (écriture de l’Histoire, immigration, métissage culturel, mondialisation littéraire, entre autres) et les rapports entre littérature adulte et littérature jeunesse. Merveilles Mouloungui est, par ailleurs, ATER en études culturelles (Université de Lorraine) et présidente de l’association ICI Doc’ (association des doctorants de l’école doctorale Humanités Nouvelles – Fernand-Braudel).

 

Au-delà des stéréotypes et du récit unique, offrir au lecteur une multiplicité des voix et des regards

Au-delà des stéréotypes et du récit unique, offrir au lecteur une multiplicité des voix et des regards

Dans le cadre de la thématique de notre dernier numéro « La Couleur de l’enfance » j’ai interviewé Alice.  Jeune femme de 32 ans, noire, adoptée à l’âge de 3 mois par un couple de blancs binationaux franco-anglais. Elle est mariée à un blanc, vit en Suède où elle enseigne dans une école internationale. Elle a deux petites filles de 3 et 1 an.

  • Est-ce que tu te souviens avoir lu des histoires avec des personnages noirs quand tu étais petite ? 

Alice :« Je n’ai pas de souvenirs marquants d’histoires en français, peut-être davantage en anglais. Les seuls personnages colorés dont je me souviens étaient des animaux (Brown Bear ou Boris et Barbara) mais davantage dans les albums anglophones ou néerlandais (Dick Bruna) que dans les livres français. »

  • Quand on est une petite fille noire, vivant en France intègre-t-on ce manque de diversité comme une forme de normalité ?

Alice : « Tout à fait ! Comme j’ai grandi dans un milieu majoritairement blanc, cela ne m’a pas vraiment troublée quand j’étais petite. La réalité des fictions que je me représentais consistait à penser qu’il n’arrivait des aventures incroyables qu’à des personnes aux cheveux lisses ! Le plus troublant finalement, c’est que cela ne me paraissait pas si anormal que cela. En fiction comme dans ma réalité quotidienne, on racontait davantage l’histoire blanche. Cela reflétait donc ce que je voyais du monde extérieur. Dans ma classe, personne n’écrivait des récits d’invention avec des personnages non-blancs. En revanche, des amis maghrébins ou noirs qui évoluaient dans des milieux plus diversifiés ont eu conscience beaucoup plus tôt que moi de cela. »

  • A quel âge as-tu pris conscience de cette représentation très blanche des personnages ?
    Alice : « Beaucoup plus tard mais pas en littérature de jeunesse. Au lycée d’abord où je me souviens avoir été choquée de voir à quel point les personnes de couleur étaient souvent représentées comme pauvres, ou affamées, moins capables. Je lisais un vieux numéro de 1992 des Belles Histoires à ma fille pendant les vacances et comme par hasard, la petite fille pauvre était une « indienne » à la peau foncée. Ensuite, pendant mes études de littérature en licence, où les littératures du Commonwealth m’ont beaucoup ouverte là-dessus, Là encore, les non-blancs représentés étaient souvent pauvres, fous, bref, rarement valorisés. J’en ai aussi pris conscience quand j’ai commencé ma carrière d’enseignante. Lorsque dans des évaluations sommatives je demandais à mes élèves de créer un album de jeunesse, les personnages étaient tous automatiquement blancs… » C’est finalement en cherchant des histoires pour mes enfants ou mes élèves que je me suis rendue compte du manque d’accessibilité à d’autres récits qui laisseraient une image plus positive de la communauté africaine dans l’imaginaire collectif. Heureusement, depuis environ cinq ans cela change un peu, mais il reste encore beaucoup à faire !
  • Quel impact est-ce que cela a pu avoir sur ta construction identitaire ?
    Alice n’a pas directement répondu à cette question mais m’a renvoyée à deux discours « qui ont changé ma vie », m’a-t-elle dit. Le premier est une conférence intitulée The Danger of a Single Story[1] de Chimananda Ngozie Adichie[2], auteure nigériane reconnue de la littérature anglophone contemporaine. En 2005, son premier livre, L’Hibiscus pourpre, a reçu le prix du Meilleur premier livre du Commonwealth Writers’ Prize. En 2013, son troisième roman, Americanah, a également été distingué grâce au prix du National Book Critics’ Circle. J’ai traduit et retranscrit les extraits les plus marquants de cette conférence :

 

  • Chimananda Ngozie Adichie: « Je suis une conteuse et je voudrais vous parler de quelques éléments marquants de ma vie personnelle concernant ce que j’appelle « le danger du récit unique ». J’ai grandi sur un campus universitaire à l’Est du Nigéria. Ma mère dit que j’ai commencé à lire à l’âge de 2 ans mais je pense que 4 ans, est sans doute plus proche de la vérité. J’étais donc une lectrice précoce et ce que je lisais c’était des livres de jeunesse anglais et américains[3]. J’étais aussi une écrivaine précoce et quand j’ai commencé à écrire, à peu près vers l’âge de 7 ans, (…) j’écrivais exactement le même type d’histoires que celles que je lisais. Tous mes personnages étaient blancs aux yeux bleus, ils jouaient dans la neige, mangeaient des pommes, parlaient beaucoup du temps qu’il faisait dehors et du bonheur de voir enfin le soleil. Ceci en dépit du fait que je vivais au Nigéria (…)où nous n’avions pas de neige, mangions des mangues et ne parlions jamais du temps car il faisait toujours beau. Ce que cela montre, je pense, c’est à quel point en lisant une histoire nous sommes sensibles et vulnérables, particulièrement quand on est enfant. Parce que j’avais lu des livres dans lesquels les personnages étaient des étrangers, j’étais convaincue que les livres devaient inclure des personnages étrangers et porter sur des sujets auxquels je ne pouvais pas m’identifier. Mais les choses ont changé quand j’ai découvert les livres africains. Il n’y en avait pas beaucoup et ils n’étaient pas faciles à trouver mais grâce à des auteurs comme Chinua Achebe et Camara Laye, ma perception de la littérature a changé. J’ai réalisé que des gens comme moi, des filles à la peau chocolat avec des cheveux crépus qui ne pouvaient pas être coiffés en queue de cheval, pouvaient aussi exister dans la littérature. J’ai commencé à écrire sur des choses qui m’étaient proches, que je connaissais. J’aimais les livres anglais que je lisais, ils avaient stimulé mon imagination et m’avaient ouvert de nouveaux mondes. Mais la conséquence inattendue c’est que je ne savais pas que des gens comme moi pouvaient exister à travers la littérature. Donc ce que la découverte d’écrivains africains a réveillé chez moi c’est qu’il n’y a pas qu’une seule histoire à travers les livres (…).

Je viens d’une famille traditionnelle de la classe moyenne nigérienne. Mon père était professeur. Ma mère travaillait dans l’administration. Comme c’était l’usage nous avions des domestiques à la maison qui venaient des villages aux alentours. L’année de mes huit ans nous avons eu un nouveau domestique. Un garçon qui s’appelait Fide. La seule chose que ma mère nous avait dit à propos de Fide c’est que sa famille était très pauvre. Ma mère envoyait du riz et nos vieux vêtements pour sa famille. Et quand je ne finissais pas mon repas ma mère disait : « Fini ton repas ! Tu sais des gens comme la famille de Fide n’ont rien à manger ». Donc j’avais beaucoup de pitié pour la famille de Fide. Et puis un samedi, nous sommes allés rendre visite à sa famille au village et sa mère nous a montré un panier en raphia teint, avec de beaux dessins, que son frère avait fait. J’étais subjuguée. Cela ne m’était pas venu à l’esprit que quelqu’un dans sa famille pouvait fabriquer ou créer quelque chose. Tout ce que j’avais entendu dire c’est qu’ils étaient pauvres et il était devenu impossible pour moi de les voir autrement que pauvres. Leur pauvreté était la seule histoire que j’avais eue d’eux ».

Et elle enchaine avec la manière dont elle même a été perçue lorsqu’elle est arrivée aux USA pour y faire ses études : « Ma coloc américaine me demanda où j’avais appris à parler si bien l’anglais (…) si je pouvais lui faire écouter ma musique tribale (j’écoutais Maria Carrey !) (…) elle pensait que je ne savais pas utiliser une plaque de cuisson, elle avait pitié de moi avant de me connaitre ».

Elle culpabilise aussi de sa propre vision des Mexicains lorsqu’elle se rend au Mexique pour la première fois «…je me rendais compte que j’avais tellement été immergée dans la couverture médiatique qu’ils étaient devenus une seule chose dans mon esprit, d’horribles immigrants ». Je m’étais laissée entrainer dans le récit unique sur les Mexicains et je n’aurais pas pu être plus honteuse ».

Elle s’agace quand l’Afrique est perçue comme un seul pays : « aux US quand l’Afrique se présentait comme sujet de conversation, tout le monde se tournait vers moi, peu importe si je ne connaissais rien de la Namibie (…) ; lors de mon dernier voyage en avion au retour de Lagos il y a eu une annonce à propos d’aide humanitaire en Inde, Afrique[4] et autres pays ».

Elle accuse la littérature occidentale depuis le XVIème siècle d’avoir colporté cette image de l’Afrique : « cela représente le début d’une tradition dans la manière de raconter des histoires (…) une tradition de l’Afrique sub-saharienne comme un endroit de négation, de différence, d’obscurité, de gens qui, selon les mots du merveilleux poète Rudyard Kipling, sont « à moitié diables et à moitié enfants ».

Elle s’étonne quand, aux Etats-Unis, l’un de ses professeurs lui reproche que ses personnages manquent d’authenticité africaine : « Le professeur m’a dit que mes personnages lui ressemblaient trop, un homme éduqué de la classe moyenne. Mes personnages conduisaient des voitures, n’étaient pas affamés. Ils n’étaient donc pas des Africains authentiques ».

Elle explique comment le récit est souvent lié à la notion de pouvoir et représenté par le principe du nkali[5] (…) Comme nos mondes économiques et politiques, les récits sont aussi définis par le principe du nkali : la manière dont ils sont racontés, qui les raconte, quand, combien de récits sont racontés autour de la même histoire, dépendent du degré de puissance de celui qui les raconte, donc vraiment du pouvoir. Le pouvoir ce n’est pas juste raconter une histoire à une autre personne, mais de la rendre définitive pour décrire cette personne. Le poète palestinien Mourid Barghouti écrit que si vous voulez déposséder un peuple, la manière la plus simple de le faire est de raconter son histoire et de commencer par « deuxièmement ». Commencez l’histoire avec les flèches des Indiens d’Amérique et non par l’arrivée des Anglais et on a une histoire totalement différente. Commencez l’histoire par la faillite de l’état africain et non par la création coloniale de l’état africain et vous avez une histoire totalement différente ».

Elle raconte aussi comment sa propre famille a été prise au piège du pouvoir : « J’ai grandi sous la répression de gouvernements militaires qui ont dévalorisé l’éducation donc parfois mes parents n’avaient pas de salaires (…) et plus que tout, une sorte de terreur politique devint la norme et envahit nos vies. Toutes ces histoires font de moi ce que je suis. Mais le fait d’insister uniquement sur ces histoires négatives c’est aplanir mon expérience, et éluder les autres expériences qui m’ont faite ce que je suis. Le récit unique crée des stéréotypes et le problème avec les stéréotypes ce n’est pas qu’ils sont faux mais ils sont incomplets. Ils font d’une histoire la seule histoire. Et cela vole aux gens leur dignité. Cela rend difficile notre reconnaissance en tant qu’humains. Cela renforce nos différences au lieu de nos similitudes ».

Et de conclure : « Et si avant de partir au Mexique je m’étais renseignée sur le débat à propos de l’immigration des deux côtés, celui des US et celui des Mexicains ? Si ma mère nous avait dit que la famille de Fide était pauvre et travailleuse ? Si on avait eu  un réseau de TV africain diffusant plusieurs histoires africaines dans le monde ? Si ma coloc américaine avait connu mon éditeur nigérien Muhtar Bakare, un homme remarquable, qui a quitté son travail dans une banque pour réaliser son rêve en ouvrant une maison d’édition ? (…) Alors il y aurait ce que l’écrivain Chima Achebe appelle « un équilibre des histoires et des récits ».

 

  • Le deuxième article dont Alice m’a parlé qui a eu un impact sur sa construction identitaire s’intitule : How To Write About Africa, par Binyavanga Wainania[6],et commence ainsi[7] :

« Toujours utiliser le mot ‘Afrique’ ou ‘obscurité’ ou ‘safari’ dans vos titres. Les sous-titres peuvent inclure des mots comme ‘Zanzibar’, ‘Masai’, ‘Zulu’, ‘Zambèze’, ‘Congo’

D’autres mots comme ‘guerres’, ‘tribal’, ‘primordial’ peuvent aussi être utiles…

Ne jamais avoir une photo d’un Africain qui a réussi sur la couverture, sauf s’il a eu le Prix Nobel, … »

Et il poursuit :

Dans votre texte parlez de l’Afrique comme s’il s’agissait d’un seul pays

Montrez bien que la musique et le rythme font partie de l’âme africaine, et que les Africains mangent des choses que les autres humains ne mangent pas

Sujets Tabous : scènes ordinaires africaines, amour entre des Africains, écrivains ou intellectuels africains…

Vos personnages peuvent être des guerriers nus, des serviteurs loyaux ou des politiciens corrompus et polygames…

A propos de l’exploitation par les étrangers mentionner les chinois ou les indiens… mais n’entrez pas dans les détails.

Evitez que les personnages rient ou luttent pour l’éducation de leurs enfants…

Décrivez en détails les seins et les parties génitales, les cadavres nus…

Les animaux doivent être des personnages plus complexes avec des noms, des désirs et des ambitions, et des valeurs familiales…

Les lecteurs seront déçus si vous ne parlez pas de la lumière de l’Afrique…

Il faudra aussi une boite de nuit qui s’appellera Tropicana avec des nouveaux riches, des prostituées et des expats…

Terminez toujours votre livre en faisant référence à Nelson Mandela pour montrer votre empathie… »

Cet essai satirique sur la vision occidentale de l’Afrique, est de l’écrivain Kenyan Binyavanga Wainaina. A travers cette longue liste, dont il n’y a ici que quelques extraits, il exprime sa frustration de voir ce continent entier réduit à tant de clichés ou de stéréotypes. Il l’adresse à des écrivains ou éditeurs blancs dont la vision de l’Afrique est restée celle des colonisateurs du XVIème au XIXème siècle.

Et si … au lieu de parler de catégories sociologiques, de statistiques sur le racisme, de l’apparence et de la couleur de la peau (blanc/noir), de l’origine et des lieux géographiques (Afrique, Maghreb), de jongler avec les formules linguistiques (non-blancs, racisés etc.) on parlait de la personne : de sa famille, de sa vie, de ses choix, de ses itinéraires, de ses succès. Si au delà des stéréotypes éditoriaux la littérature offrait au jeune lecteur, comme le dit si bien Ngozie Adiche,  cette multiplicité des récits, des voix et des regards qui au lieu d’enfermer, de classer, de réduire, d’humilier, au contraire valorise, enrichit, stimule, alors la diversité ne serait plus envisagée comme une revendication mais comme un bien commun à partager. Et les propos sur la « couleur de l’enfance » ne tourneraient plus autour du « Désespérément blanc !? ».

[1] Le danger du récit unique

2 https://www.ted.com/talks/chimamanda_ngozi_adichie_the_danger_of_a_single_story?language=en

 

 

 

[3] Le Nigéria est une ancienne colonie britannique et fait partie du Commonwealth

[4] L’Afrique n’est pas un pays mais un continent qui compte 54 pays

[5] ‘être plus puissant qu’un autre’

[6] Originally published in Granta 92, 2005 ‘How to Write About Africa’, by Binyavanga Wainaina. © Binyavanga Wainaina, 2005. Reproduced by permission of The Wylie Agency (UK) Ltd.

[7] Traduit et retranscrit par nos soins

Janie Coitit Godfrey

Biblio : De nouveaux enjeux pour la lutte contre le racisme ?

Biblio : De nouveaux enjeux pour la lutte contre le racisme ?

Clément Dherbécourt, Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau de vie, France stratégies,  2018,

Le CV anonyme « pénalise » les personnes issues de l’immigration, Le Monde, 04 avril 2011,

 

Odile Ferry, Élise Tenret, « A la tête de l’étudiant·e » ? Les discriminations perçues dans l’enseignement supérieur,​OVE Infos, n°35, 2017,

 

Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet, Coloniser, Exterminer : de vérités bonnes à dire à l’art de la simplification idéologique

 

Robert Castel, La discrimination négative : citoyens ou indigènes ?, Paris, Seuil, 2007,

 

Yazid Sabeg et Laurence Méhaignerie, Les oubliés de l’égalité des chances, Institut Montaigne, 2004,

 

Ministère de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales, Portraits de France, 2021,  Rédigé par P Blanchard et al.

Pierre Bruno

Sélection de livres jeunesse sur l’enfant noir

Sélection de livres jeunesse sur l’enfant noir

Kouam Tawa , ill William Wilson,  A comme Afrique,  Gallimard Giboulées, 2020-, 22 €- pour tous

David Guyon, Hélène Crochemore, Ailleurs, Talents Hauts

Nnedi Okorafor – Akata witch, L’école des loisirs, 2020, 13 ans+

Timothée de Fombelle, Alma, Le vent se lève, Paris, Éditions Gallimard, 2020

Zélia Abadie, Gwenaëlle Doumont, Awa, Talents hauts, 2021, album BD 9 ans +

Muriel Bloch, Magali Attiogbé – Babel Africa Gallimard Jeunesse, Giboulées, 2020, 16€, 8-13 ans.

Atinuke,  Angela Brooksbank, Bébé va au marché,  Editions des Eléphants, 2020, 14 € , De 18 mois à 5 ans

Atinuke,  Angela Brooksbank, Bébé est bien caché,  Editions des Eléphants

Atinuke,  Angela Brooksbank, Bintou la casse cou, Editions des Eléphants

Anne-Isabelle Le TouzéBienvenue à l’école Aimé !, Ecole des loisirs

Bond, Marion, Queen Mama, Cali, c’est moi, Marion Bond, 2020.

Laura Nsafou, Barbara Brun, Comme un million de papillons noirs, Cambourakis

Kouam Tawa, Fred Sochard, Danse petite lune, Rue du monde

Juliette Parachini-Deny, Séverine Duchesne, Devine qui est le plus fort ?, Les P’tits Bérets

Mamadou Diallo/ ill Vanessa Hié,  Diabou N’dao,  Mini album Syros

Malorie Blackman, Entre chiens et loups, Milan, roman

Thyssen judith Geyfier,  Fatou du monde  Rue du monde

Jason Reynolds, Ghost, Milan, 2019, roman  

Rémi Courgeon, Gros Chagrin, Talents Hauts, 2014, 3 ans+

Jacob Lawrence, Harriett et la terre promise, Ypsilone ed.  2018,

Ellen Levine, Kadir Nelson, Henry et la liberté, une histoire vraie,  Ed. des Eléphants, 2018

Jamia Wilson, Andrea Pippin, I have a dream : 52 icônes noires qui ont marqué l’histoire, Petit homme, 2018

Gaia Cornwall-  Jabari plongeD’eux, 2020, dès 4 ans

Bernard F., Roca F. Jeanne et le Mokélé. Albin Michel jeunesse, 2001

Julie Rey, Je peux savoir pourquoi je suis noir ?, L’École des loisirs, Théâtre, Paris, 2016.

Laferriere D., Normandin F. Je suis fou de Vava.Editions de La Bagnole, 2006.

Boudimbou, Ophélie, Ama, Kanika. Dans la cuisine de mamie, Publishroom, 2019.

Marie Sellier,  Marion Lesage, L’Afrique, petit Chaka, Réunion des Musées Nationaux, 2000

Gérard Moncomble, Zad- Là-bas – Utopiques, Alterégaux, 2021, 10€, 8ans +

Sylvain Victor- La petite fille qui voulait voir des éléphants, Atelier du poisson soluble, 2013

France Quatromme/ Mercè Lopez-  La robe de Fatou , Kaléidoscope, 2021, 13 _ 9782378880347

Rocio Bonilla, Susanna Isern, Le grand livre des superpouvoirs, Père Fouettard

Sam Boughton Le petit jardinier extraordinaire– Gallimard Jeunesse, 2019, dès 5 ans

Traoré, Makamoussou, Marta Anna Jollant. Les aventures de Djibril – Djibril, un jour de pluie. Traoré Makamoussou, 2019.

Traoré, Makamoussou, Thakshi Dissnayake, Les aventures de Djibril – Djibril à l’école. Miroirs libres, 2019

Sandra Le Guen, Marjorie Béal, Les cheveux en bataille, Les P’tits Bérets

David F., Galeron H. Les enfants de la lune et du soleil. Motus, 2001

Laure Monloubou, Michaël Escoffier, Les gens normaux, Kaleidoscope

Mwankumi D. Les petits acrobates du fleuve. L’Ecole des Loisirs,

Bond, Marion, Queen Mama, Les petits super-héros sont les plus forts. Mission en eaux troubles, Marion Bond, 2020.

Barak Obama, ill. Loren Long – «  of thee I sing » : Lettre à mes filles,  La Martinière, 2011

Alex T. Smith- Lili-Rouge et le gros méchant lion –  Scholastic  2015, 3 ans +

Antoine Guilloppé, Little Man, Gautier Languereau

Delphine Perret, Sébastien Mourrain, Louise ou l’enfance de Bigoudi, Les Fourmis Rouges

Pinguilly Y., Coulibaly N’naplé., Palayer C., Maïmouna, qui avala ses cris plus vite que sa salive, Vents d’ailleurs, 2007.

Raphaële Frier, Zaû, Martin et Rosa, Martin Luther King et Rosa Parks ensemble pour l’égalité,  Rue du Monde 2013

Mabanckou A., Gueyfier J.Ma sœur-Etoile. Seuil jeunesse, 2010.

Lilian Thuram, Mes étoiles noires – De Lucy à Barak Obama., Ed. Philippe Rey, 2010

Lenain T., Balez O. Moi Dieu merci qui vis ici. Albin Michel Jeunesse, 2008.

Karen Beaumont, David Catrow – Moi je m’aime !   Scholastic, 2005/ 2017  5 ans +

Astrid Desbordes, Pauline Martin, Mon ami, Albin Michel Jeunesse

France Quatromme, Sandrine Bonini, Mon enfant de la terre

Guissé, Madina, Lyly Blabla, Neïba Je-sais-tout (ou presque). Tu sais garder un secret ?, Publishroom, 2017.

Guissé, Madina, Lyly Blabla, Neïba Je-sais-tout. Un portable dans le cartable, Publishroom, 2018.

Matthew A. Cherry et Vashti Harrison, Nos boucles au naturelScholastic, 2020, dès 3 ans

Chimamanda Ngozi Adichie, leire Salaberria – Nous sommes tous des féministes, Gallimard jeunesse, 2020.

Zad,  Nemob. Paris paradis(T1).  2 vives voix, Bisous de famille, 2011.

Jean D., Zad, Nemob. Paris paradis(T2). 2 vives voix; Bisous de famille,2013.

Davina Bell, Allison Colpoys, Qui est le plus futé ?, Sarbacane

Ana Maria Machado,Hélène Moreau – Rêve noir d’un lapin blanc, Vents d’ailleurs, 2005, 5-8 ans

Irène Cohen-Janca & Marc Daniau- Ruby tête haute Ed. des Eléphants, 2017,

Varian Johnson/ Shannon Wrigt- Sœurs jumelles, Scholastic 2021, BD 9 ans+

Vanessa Simon Catelin/ François Soutif- Tiguidanké, Kaléidoscope, 2020,  9782378880255

Véronique Massenot, Amarnath Hosany, Sébastien Chebret,  Tizam et l’arbre à bonbons, L’élan vert

Lilian Thuram, Jean Christophe Camus/ Benjamin Chaud, Tous superhéros Delcourt, 2016, BD 6-12 ans

Trish Cooke et Helen OxenburyTrès, très fort !   Flammarion Jeunesse, 2020, dès 4 ans

Frank Prévot, Aurélia Fronty, Wangari Maathai, la femme qui plante des millions d’arbres. Rue du Monde

Dedieu t. Yacouba. Seuil Jeunesse, 1994.

Dedieu T. Kibwé. Seuil jeunesse, 2007.

Dedieu T. Yakoubwé. Seuil Jeunesse, 2012.

Nathalie Dieterlé, Le tout petit bobo de Zékéyé -Zékéyé et la colère du géantZékéyé et la sorcièreZékéyé et le grand méchant NiaZékéyé et le gros gâteau de KokiZékéyé et le singe de CocodiZékéyé et les drôles de bruits,  Hachette Enfants.

 

 

BANCELN. & Al (dir.),Ruptures postcoloniales. Les nouveaux visages de la société française. Paris: La Découverte, 2010.

 

BLANCHARDP.Question noire et présence afro-antillaise en France: de l’invisible au visible in POINSOTM et WEBERS. (Dir.), Migrations et mutations de la société française.Paris:La découverte, 2014.

 

FASSIND et FASSINE. (dir.)De la question sociale à la question raciale. Représenter la société française. Paris: La Découverte,2010

 

NDIAYEP.La Condition noire.Essai sur une minorité française. Paris: Calmann-Lévy, 2008.

 

Les questions noires en France Revendications collectives contre perceptions individuelles Présentée et soutenue publiquement  Par Yoann LOPEZ  2010

Claudine Charamnac Stupar

Biblio : De nouveaux enjeux pour la lutte contre le racisme ?

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  • BRUNO Pierre, « Les ambivalences de l’antiracisme. L’exemple de la littérature pour la jeunesse », Le français aujourd’hui, 2020/2 (N° 209), p. 39-48
  • BRUNO Pierre, La Culture de l’enfance à l’heure de la mondialisation, Paris : In Press, 2000, p 132-133.
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  • DUBET François, Les Places et les chances : repenser la justice sociale, Paris : Seuil & La République des Idées, 2010.
  • MICHAELS Walter Benn, La Diversité contre l’égalité, Paris : Raisons d’agir, 2009
  • NOIVILLE Florence, « La noirceur contestée des livres de jeunesse : Des éditeurs répondent à notre enquête », Le Monde des livres, 21 décembre 2007, p. LIV
  • OUASSAK Fatima, KEBE Diariatou, Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants
  • Mrs ROOTS Sensitivity Reader et le faux débat de la censure…
  • SMADJA Isabelle, BRUNO Pierre, Harry Potter, ange ou démon ?, Paris : Presses Universitaires de France, 2007
  • SORIANO Marc, Guide de la littérature de Jeunesse, Paris : Flammarion, 1975, p. 189
Sélection de livres jeunesse sur l’enfant noir

(bibli) De l’«idéologie» aux «discriminations» : quelle critique des valeurs du texte?

• AMADIEU Jean-François, La Société du paraître : Les beaux, les jeunes… et les autres, Paris : Odile Jacob, 2016.
• BARTHES Roland, Critique et vérité, Paris : Le Seuil, 1966, p. 37.
• BOURDIEU Pierre, WACQUANT Loïc, La nouvelle vulgate planétaire, Le Monde diplomatique, mai 2000
• BRUNO Pierre, « Les ambivalences de l’antiracisme. L’exemple de la littérature pour la jeunesse », Le français aujourd’hui, 2020/2 (N° 209), p. 39-48
• BRUNO Pierre, La Culture de l’enfance à l’heure de la mondialisation, Paris : In Press, 2000, p 132-133.
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