Petit-Bleu et Petit-Jaune ; Exprimer des émotions à travers la couleur

Petit-Bleu et Petit-Jaune ; Exprimer des émotions à travers la couleur

Ce livre est né dans le contexte de l’avènement de l’album dans les années 50, résurgence du livre d’images ou livre objet très en vogue dès la deuxième moitié du XIXème siècle en Angleterre et aux Etats Unis.

Léo Léoni  originaire du nord de l’Italie fait ses études à Zurich et à Milan puis part aux Etat-Unis en 1939 où il travaille dans la publicité. Il côtoie des artistes comme Léger, De Kooning, Calder à un moment où l’art à travers le courant de l’Expressionisme Abstrait s’interroge sur lui même, ses modalités d’expressions et son propre langage. Il n’est donc pas étonnant que ce premier album de Léo Leoni, aujourd’hui devenu un grand classique de la littérature jeunesse publié en 1959 en France et aux Etats Unis, choisisse l’abstraction à travers des taches de couleurs pour raconter une histoire à des enfants.

C’était un grand défi ! Car comment imaginer faire accéder les enfants à l’abstraction, à un moment où beaucoup d’adultes ne s’y retrouvaient guère. Ce fut un grand succès ! Et on pourra regretter que mis a part Warja Lavater[1] peu d’illustrateurs ce  soient risqués dans cette voie par la suite.

Il peut en effet sembler paradoxal d’exprimer des émotions, tellement personnelles, à travers des tâches de couleurs à priori si dépersonnalisées.

C’est par un tissage simple et habille du texte et des images que l’artiste fait accéder l’enfant à la symbolique des couleurs : « Voici Petit-Bleu » (…)  « Mais son meilleur ami c’est Petit-Jaune »; et au langage de la couleur quand Petit-Bleu et Petit-Jaune contents de se retrouver s’embrassent et  «  ils s’embrassent si fort… qu’ils deviennent tous verts. ». C’est précisément la couleur que l’on obtient en mélangeant les deux couleurs primaires le bleu et le jaune.

Mais si c’est deux couleurs représentent des enfants de deux familles différentes, elles peuvent aussi représenter d’autres différences : physiques, culturelles, le vert devient alors le symbole de valeurs positives comme l’amitié, la rencontre, l’ouverture aux autres.  Et comme le dit Nicole EVERAERT-DESMEDT[2] dans son excellente analyse : « Ainsi, ce livre a une portée éthique: la lecture de Petit-Bleu et Petit-Jaune peut contribuer efficacement à promouvoir, chez les tout jeunes enfants, des valeurs absolument contraires au racisme.»

L’impact de cet album fut immense et il continue à être très apprécié aujourd’hui. A la fois porteur de valeurs humaines, il initie les enfants à l’art en montrant qu’on peut exprimer des émotions à travers la couleur. Que la couleur peut les recueillir, les décliner, les nuancer, les personnaliser précisément.

Une belle complicité entre le texte et l’image pour initier les enfants à la littérature et à l’art.

 

Janie Coitit-Godfrey

[1] Voir article « Nous avons rencontré Warja Lavater » ici

[2] Nicole EVERAERT-DESMEDT, 2018, « Lecture d’un album pour enfants : Petit-Bleui et Petit–Jauine, de Leo Lionni», in Nicole EVERAERT-DESMEDT, Site de sémiotiiquie/Sitio de semiótiia, http://nicole-everaert-semio.be, mis en ligne le 01/04/2018.

 

Grammaire : autour de l’album Yakouba de Thierry Dedieu, Editions du Seuil Jeunesse, 1994.

Grammaire : autour de l’album Yakouba de Thierry Dedieu, Editions du Seuil Jeunesse, 1994.

L’intérêt particulier de l’album se situe en premier lieu dans la variation de l’énonciation :
– un première partie (pp. 4-9) au présent de l’indicatif, dont les valeurs sont diverses
– une seconde partie (pp. 10-19) à l’infinitif, temps qui, associé à la nature poétique du texte, prend des valeurs diverses également (a temporalité ou ancrage dans le moment de l’énonciation ou le moment de l’histoire)
– une troisième partie (pp. 20-33) au passé simple de l’indicatif, temps du récit, avec un dernier énoncé (p. 32) qui renvoie au moment de l’énonciation ; autre énonciation intéressante : le conditionnel de la p. 20 qui permet d’entrer dans une virtualité des pages 22 et 23 (représentant les yeux du lion dans lesquels Yakouba est susceptible de lire la pensée de l’animal).

Les pages 10-11 présentent un moment de bascule du texte ( “Il faut apporter la preuve de son courage, et seul, affronter le lion”) avec la formulation “Il faut”, celui qui permet de passer d’un type de texte injonctif à une sorte de discours narrativisé à l’infinitif (on pourrait éventuellement penser que l’expression “il faut” est en facteur commun pour employer une terminologie mathématique), et entrer dans le poétique (“se sentir rocher […] herbe […] vent […] eau”).

1. Lecture magistrale de l’album en omettant les pages de la deuxième partie. Distribution, dans 6 groupes de 4, des images de l’album dans l’ordre. Rédiger la partie manquante.
2. Mise en commun des productions et analyse. Vraisemblablement, le narratif devrait être privilégié (énonciation au passé simple/imparfait). Il s’agit alors, d’une part, d’analyser les choix énonciatifs dans les productions et les justifier en prélevant différents indices dans le texte (nécessité de définir également les valeurs du présent : de narration ? d’énonciation ? de vérité générale ? d’habitude ?) : action que les images représentent, il s’agit d’une initiation, il s’agit d’un jour particulier (répétition avec “C’est un jour de fête”, “C’est un jour sacré”, “C’est un grand jour”), puis lien avec le texte de la troisième partie pour laquelle les verbes sont au passé simple de l’indicatif, l’emploi du connecteur temporel et logique “alors” qui suppose que d’autres actions ont eu lieu auparavant, l’expression page 25 “lion épuisé” peut initier l’idée qu’il y a eu combat entre Yakouba et le lion, etc.
D’autre part, on confronte les productions au texte lui-même afin d’envisager les raisons pour lesquelles l’auteur a choisi ce type d’énonciation (dimension philosophique ou morale de l’histoire ; initiation qui peut se prolonger vers une initiation du lecteur). Il est possible d’envisager un tableau du type grille sémique à partir d’expressions qui seraient équivalentes (injonctif avec “il faut”, impératif, infinitif) en particulier pour dégager la valeur poétique liée à l’emploi de l’infinitif, temps du non-temps, de l’habituel ou du perpétué ; envisager à chaque fois la temporalité et le procès du verbe. On peut définir des sèmes pour chacune des expressions choisies afin d’affiner le sens.

Emetteur Destinataire Nature des propos

 

Se sentir rocher…

herbe… vent… eau

 

Multiple ou

indéterminé

Non identifiable

précisément

 

Multiple ou

indéterminé

Non identifiable

précisément

 

Poétique

Monologue intérieur

injonctif

Injonction

Il faut se sentir

rocher…

 

Non

essentiellement

déterminé mais

identifiable

Yakouba et tout autre

jeune qui sera initié

 

Injonction

 

Sens-toi rocher… Yakouba ou

émetteur

identifiable

 

Yakouba Monologue intérieur

 

3. Avec des élèves, il faudrait, selon l’axe déterminé pour l’étude, constituer une fiche outil “ouverte” que l’on enrichirait et qui permettrait par la suite de définir d’autres utilisations de l’infinitif. Dans tous les cas, le contexte est important, voire décisif. Il faut conclure que le choix énonciatif reste déterminant pour constituer le sens du texte (grammaire de discours).

 

Régis Lefort

Je n’ai pas le temps… ou le roman tumultueux d’Evariste Galois, par Jacques Cassabois

Je n’ai pas le temps… ou le roman tumultueux d’Evariste Galois, par Jacques Cassabois

Plusieurs biographies ont été écrites sur la vie d’Evariste Gallois, brillant mathématicien, activiste politique républicain pendant la période des Trois Glorieuses en 1830, mort très jeune à 20 ans dans des circonstances mal connues. Ce roman nous fait vivre-en 15 chapitres – les 3 dernières années de sa vie au destin funeste.

 

On pourrait résumer la vie d’Evariste Galois comme celle d’un surdoué en mathématiques, qui délaisse rapidement toutes les autres matières dans ses études pour  s’intéresser uniquement à ses recherches. Rebelle à toute autorité il se fait renvoyer de Louis-le-Grand et de L’Ecole Préparatoire, échoue deux fois au concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique. En dépit de ses efforts ses recherches  qui pourtant seront importantes pour la postérité ne sont pas reconnues par l’Académie des Sciences. Activiste politique engagé au côté des Républicains, ce qui a sans doute eu des répercutions sur ses études, plusieurs fois emprisonné il meurt maladroitement dans un duel à 20 ans peut-être des suites d’une aventure amoureuse. Bref, on peut penser que c’est la vie d’un génie en puissance qui a précipité sa perte. Voilà les faits ; il n’y a pas de quoi en faire un roman !

 

C’est pourtant autour de cette idée du génie torturé et désenchanté que l’auteur construit le personnage principal de son livre. Sur fond de documentaire historique extrêmement bien fouillé il campe un héros romantique très typé.

 

Dès le début du roman on est frappé par  le rythme de l’écriture : l’enchaînement des sons, des mots, des phrases qui font écho dans le premier chapitre aux battements du cœur angoissé du héros s’en allant vers une mort inévitable… et qui glisse habillement dans le second chapitre vers la passion du cœur d’enfant découvrant l’exaltation du raisonnement mathématique. Le vocabulaire riche et coloré, nous fait partager les états d’âmes et les grandes envolées créatrices du héros. On est au cœur de l’esprit mathématique – dont il est difficile d’apprécier la portée scientifique lorsqu’on n’est pas spécialiste –  et on poursuit avec lui ses recherches sur lesquelles il fonde tant d’ambitions. On partage aussi ses déceptions.

 

L’Evariste de Cassabois est un garçon sensible, enthousiaste, un explorateur ambitieux doublé d’un tempérament de compétiteur. Il croit en son génie et en son avenir assuré.

Mais cette passion exclusive le dévore au point de lui faire délaisser d’autres matières au lycée, ce qui va l’amener vers l’échec. Son tempérament rebelle l’empêche d’accepter toute forme d’autorité de ses professeurs qui lui reprochent souvent des raisonnements trop rapides bien qu’intéressants. Rebelle aussi par rapport aux institutions, il fait preuve d’indiscipline. Rebelle enfin par rapport à l’autorité parentale. Ses rapports avec sa mère, peu aimante, sont de plus en plus tendus au point de rompre toute relation avec elle. Il n’arrive pas à contrôler son côté provocateur et suffisant : « regretter, demander pardon ? Evariste ne connaît pas les registres du repentir, encore moins de la soumission. Ces mots lui sont impossibles à prononcer » p. 109.

Le sort s’acharne sur lui avec la mort de son père. La disparition du seul être qui l’aimait et l’encourageait le plonge dans une profonde tristesse et un sentiment de culpabilité car il a la sensation qu’il aurait pu l’éviter. Ce choc émotionnel profond l’entraine dans une spirale de l’échec.

Malgré ses efforts acharnés pour synthétiser ses recherches dans un mémoire qu’il présente à l’Académie ce dernier n’est pas lu, ou égaré : un membre du jury qui devait le lire meurt et son mémoire n’est pas été retrouvé, son travail finit enfin par être refusé. Il se lamente sur cet échec à l’Académie qui aurait pu être une forme de reconnaissance. Il se lamente sur le fait que personne ne le comprend « Incapable de se dégager de cette spirale destructrice Evariste s’enfonce dans la négation, dans le rejet de cette société cadenassée, incapable de déceler les jeunes génies ». L’auteur pousse le style jusqu’au fantastique, dans le récit de son cauchemar la nuit qui suit son échec.

Le rythme de l’écriture nous entraine aussi dans la vie trépidante du héros comme activiste politique et on peut sans doute y voir un lien avec ses échecs répétés. Fervent républicain contre la Royauté, il participe activement à plusieurs groupes et écrit des articles pour défendre ses idées de justice sociale et de liberté. Il est plusieurs fois arrêté et emprisonné.

Au cœur de ce destin tragique Evariste se décrit comme un « Prométhée enchainé » p. 130 « la Justice ne rend pas la justice. Elle dit la loi, qu’elle triture au gré des exigences du pouvoir » p.174 Cela le pousse à s’engager encore plus : « Il rêve d’en découdre, de pourfendre les injustices, de tenir pleinement sa place de défenseur de la liberté » p.178.  Il critique le système éducatif où « l’élève est moins occupé de s’instruire que de passer son examen » p.226 Mais le destin s’acharne impitoyablement contre lui.

La dernière image d’Evariste avec une tache de sang sur sa chemise blanche, plus qu’au dépit amoureux, fait penser aux peintures d’exécutions de révolutionnaires de Goya. Et le dernier vers du poème de Rimbaud Le dormeur du val résume de manière brutale et poétique la triste fin du héros.

L’auteur fait de son Evariste un héros romantique entrainé inexorablement vers son destin : passionné, rebelle, révolutionnaire, incompris, mal aimé. C’est aussi un documentaire historique qu’il rend intéressant en campant des personnages engagés pour plus de justice sociale. Il nous fait vivre des épisodes de rébellions républicaines à travers des dialogues vivants, vibrants et enflammés qui révèlent la fougue et la passion de la jeunesse. C’est un roman d’initiation dans lequel des adolescents d’aujourd’hui enthousiastes et passionnés, rebelles et maladroits, pourront se retrouver. Ils pourront aussi percevoir de nombreux échos de la vie actuelle, à propos du système éducatif ou de la vie en société.

 

Mais un adolescent d’aujourd’hui, habitué à surfer sur internet et à jouer aux jeux vidéo, prendra-t-il le temps, aussi passionné d’histoire fut-il, de se concentrer sur les belles descriptions et les grandes envolées lyriques de ce roman ?

Janie Coitit-Godfrey

Jacques Cassabois, Je n’ai pas le temps

Hachette, Livre de poche 2019, 6,60€, 9782016288245, Ados/Adultes

Les imagiers de Tana Hoban (partie 2)

Les imagiers de Tana Hoban (partie 2)

Nous avons vu dans la première partie de cet article (Revue NVL n°225) comment l’œuvre photographique de Tana Hoban a pu s’épanouir dans la mouvance du courant Fluxus, et la philosophie Montessorienne ; son travail original et inédit sur des imagiers explorant  formes et  concepts constitue la base d’outils scientifiques et artistiques pour les enfants. Essayons maintenant de décrypter sa démarche pour produire des phrases visuelles et amener l’enfant vers la réflexion.

Dialectique des formes et de la couleur

L’imagier Dots, spots, speckles, and stripes/ Raies, points, pois, que nous venons d’évoquer dans un format à l’italienne fonctionne par double page. Sur la page de gauche un paon vu de face en train de faire la roue, sur celle de droite des robes sur un portant devant un magasin dans la rue. A première vue il n’y a aucun rapport. Pourtant en y regardant de plus près le bleu du plastron et de la tête du paon est de la même nuance et intensité que 2 robes pendues sur le portant. De plus la forme allongée du plastron ressemble à la forme des robes plus larges en bas qu’en haut. Ce sont donc par des analogies plastiques des couleurs et des formes que se créé la relation. De plus, plusieurs robes ont des points blancs sur fond rouge, bleu, jaune – qui sont des couleurs primaires, et on retrouve les mêmes teintes de bleu, jaune, rouge orangé sur la queue du paon et, aussi du vert. Il s’agit donc de correspondances, le vert qui est la complémentaire du bleu et du jaune venant souligner l’idée de complémentarité. Ces jeux de correspondances amènent vers l’idée d’élégance. Le port et la beauté du paon renvoie à l ‘élégance des robes proposées à la vente sur le portant. C’est ainsi que Tana Hoban apprend à regarder autrement à travers des analogies de couleurs, de formes, de lumières qui sont autant de phrases visuelles pour le langage plastique. Chaque double page fonctionne de la même façon. Les points, les pois, les taches par les couleurs, les formes, les textures, les matières, les surfaces ou les volumes qu’elles soulignent créent des rapprochements, des liens, suggère des idées. Parfois aussi avec des traits d’humour comme le gros plan sur le visage de l’enfant avec des taches de rousseur et la carapace de la langouste sur la page d’à côté, peut-être ici pour suggérer l’humain dans l’animal ou inversement. Mais comme le soulignait Tana Hoban toujours avec l’idée d’affûter le regard. C’est une manière aussi d’inviter à observer l’environnement quotidien autrement, comme elle le dit dans une interview à l’occasion des 10 ans de Kaléidoscope « Pour moi les détails sont les plus importants. C’est une autre façon de voir – qui aiguise ma perception et c’est ce que je veux faire passer aux enfants à travers mes livres. Je veux dire aux enfants de continuer à regarder, de faire attention aux détails, d’observer, de voir. Je veux qu’ils voient des choses qu’ils n’avaient jamais vu auparavant, de ne pas passer trop vite sur ce qui les entoure. »

Lire des phrases visuelles

Plusieurs albums sont consacrés à la couleur, Is it Red, Is it Yellow, Is it Blue?Red, Blue, Of Colors and Things Yellow Shoe, White on BlackBlack on WhiteColors Everywhere. L’un d’entre eux traduit par Des couleurs et des choses[1] a retenu notre attention et Cécile Boulaire[2] en livre une analyse qui nous a semblé très intéressante.

Il s’intitule Des « imagiers » de Tana Hoban pout les bébés, publié dans Album 50. Son analyse porte sur l’étude d’une double page en particulier :

Outre la lecture à travers la couleur, elle montre les autres lectures possible qui sont très riches : « L’artiste a mixé des objets manufacturés et des éléments de la nature, des textures mates, grenues, brillantes ou veloutées, elle a alterné les vues en légère plongée sur des objets tournés vers la gauche, avec des vues de face très aplaties ». En décryptant tous ces « glissements » possibles, elle conclut en disant « Ce que semblent nous dire ces images « mises en ordre », c’est qu’il y a pour les objets mille manières de se ressembler : par la couleur, certes, mais aussi par l’usage, par l’appartenance à un règne, par les dimensions ou la texture – et que choisir une de ces « clés » de répartition nous amène immanquablement à faire apparaître les autres aussi ». C’est le regard de l’enfant lecteur de ces images qui produira ses phrases visuelles, les agencera de multiples manières pour produire sa propre narration visuelle à la fois reflet de son monde et ouverte vers d’autres mondes possibles. L’éducation au regard initiée par les photos de Tana Hoban sont un tremplin vers le langage, les articulations et le vocabulaire formel de l’art.

Des imagiers pour les bébés

Dans les années 90, on considérait que les nouveaux nés jusqu’à 2 ou 3 mois voyaient en noir et blanc Tana Hoban a créé quatre petits imagiers qui sont très en vogue en France actuellement. Il s’agit de Noir sur Blanc[3], Blanc sur noir[4], Qu’est-ce que c’est ?[5], Qui sont-ils ?[6]. Les deux premiers jouent sur les contrastes du blanc et du noir pour faire ressortir de belles silhouettes stylisées de l’environnement du bébé : bavoir, jouet, biberon etc. tout en essayant d’introduire une variété des formes de base et des nombres : 1 rond, 2 ovales, 4 boutons etc. Mais certains de ces objets comme le type de seau par exemple nous semblent un peu dépassés aujourd’hui, il en va de même pour le style de boutons.

Pour les deux derniers imagiers l’objectif est de reconnaître des formes ou des animaux et de les nommer, d’apprendre à compter jusqu’à 5, ils sont un tremplin vers les mots et l’acquisition de la langue. Si l’on retrouve les mêmes qualités de phrases visuelles, d’enchaînements, de glissements dont nous avons parlé précédemment, cette idée du bébé qui voit en noir et blanc est aujourd’hui controversée et il semblerait au contraire que même les nouveaux nés soient attirés par les couleurs vives comme l’affirme Anna Franklin, directrice du BabyLab de l’université de Sussex en Angleterre dans un article publié dans The Guardian en 2017 « dire que les bébés voient en noir et blanc, c’est un mythe », les nouveaux nés peuvent voir de  «larges morceaux intenses de rouge sur un décor gris»[7].

Il est étonnant que deux autres petits imagiers pour les bébés ne soient pas ré-édités, De quelle couleur ? et 1,2,3[8], car il nous semble que ce dernier petit imagier de Tana Hoban pourrait être le symbole de tous ses imagiers. C’est un bel objet pour apprendre à compter jusqu’à 10.

 

 

 

 

 

La première page annonce la tranche d’âge : 1 gâteau d’anniversaire avec une bougie, 2 petites chaussures rouges, 3 cubes en bois avec A,B,C en rouge, 4 quartiers d’oranges, 5 doigts d’une petite main d’enfant, 6 œufs dans une boite bleue, 7 petits biscuits en forme d’animal, 8 primevères roses fuchsia et rouges, 9 formes (couleurs primaires + oranges) enfilées sur une cordelette, 10 = 2 petits pieds de bébé avec les 10 petits orteils. C’est donc tout l’environnement quotidien du bébé que l’on retrouve. Les cadrages et éclairages des photos mettent en valeur les formes et les perspectives à hauteur de bébé. La disposition sur la page n’est pas faite au hasard, dans un coin de la photo le nombre en gros et en rouge est repris par 5 gros points en bas avec le nombre en lettre. La typographie est claire et sobre.

Elle attire l’attention sur le langage de la couleur avec des tons riches et denses de primaires, de complémentaires, des jeux d’oppositions qui mettent les objets en valeur. Les formes de base et aussi des formes plus complexes sont convoquées et tout l’environnement affectif aussi est là : son gâteau d’anniversaire, ses chaussures, ses cubes, sa main, ses pieds, ses biscuits favoris. Ce petit imagier est un bel objet au carrefour de l’art et des sciences, inspiré de Fluxus et de l’approche holistique de l’enfant.

La dimension philosophique

Tana Hoban a été professeur d’arts plastiques et de photographie à l’école des Beaux arts de Philadelphie, et si elle s’engouffre dans le vent de liberté qui fait sortir l’art des musées pour explorer le quotidien, elle n’en reste pas moins attachée à l’enseignement des bases artistiques qu’elle puise dans l’espace quotidien. Elle est donc bien consciente de son rôle de guide. L’enfant ne peut pas apprendre en découvrant tout, tout seul.  Il a besoin d’être guidé et elle entend bien ne rien laisser de côté même pour guider les plus jeunes.

Dans Ombres et Reflets[9], à travers de très belles photos des fenêtres d’un immeuble dans lesquelles se reflète le ciel, ou d’ombres de trois personnes en train de marcher sur le trottoir, elle entraine la réflexion vers un autre palier. En évoquant l’ombre, la lumière, le reflet elle aborde une autre vérité sur les êtres et les choses. Le montré, le caché, le visible et l’invisible, toute une dialectique de l’ombre et de la lumière, de la lumière et du reflet que l’on trouve chez les êtres et les choses, dialectique de la distorsion et de la transparence aussi.

Cette approche à la fois poétique et philosophique  qu’elle veut transmettre à l’enfant, elle la doit à sa mère à qui elle dédicace Shapes, Shapes, Shapes  en citant  Lord Byron : « Tout ce que l’ombre et la lumière ont de plus ravissant, se trouve dans sa personne et dans ses yeux ».

 

[1] Shadows and Reflections, Greenwillow,1990 / Ombres et reflets, Kaléidoscope, 1991

[2] Cécile Boulaire  Des « imagiers » de Tana Hoban pour les bébés https://album50.hypotheses.org/1568#more-1568

[3] Noir sur Blanc, Kaléidoscope 1994 / Greenwillow 1993 Black on White

[4] Blanc sur noir, kaléidoscope  1994/ Greenwillow 1993, White on Black

[5] Qu’est-ce que c’est ? Kaléidoscope 1996/ Greenwillow 1994, What is that ?

[6] Qui sont-ils ? Kaléidoscope 1996/ Greenwillow 1994 Who are they ?

[7] https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2017/apr/11/vision-thing-how-babies-colour-in-the-world

[8] 1,2,3 , Kaléidoscope, 1985

[9] Ombres et Reflets, kaléidoscope 1991 / Shadows and reflexions, Greenwillow books  1990

 

A propos de l’album : « Je t’aimerai toujours », éd. des éléphants,2020.

A propos de l’album : « Je t’aimerai toujours », éd. des éléphants,2020.

Robert Munsch/ ill, Camille Jourdy /trad. angl  Ilona Meyer-  Je t’aimerai toujours
Les éditions des éléphants, 2020, 13,50  – ISBN : 978-2-37273-071-6

Je t’aimerai toujours est un ouvrage qui évoque le cycle de la vie humaine. Nous y suivons en parallèle l’évolution de la vie – de la naissance à l’âge adulte – d’un protagoniste ainsi que l’involution d’une existence – de l’âge adulte à la mort – de sa mère. A la croisée de ces deux destins, il y a l’amour : l’amour inconditionnel d’une mère envers son enfant d’une part et l’amour d’un fils envers sa mère d’autre part. Et pourtant, l’ouvrage montre également avec beaucoup d’authenticité que ces deux mouvements interreliés ne vont pas de soi et pointe cette tension, résolument humaine, qui veut que l’avènement d’une personnalité doive nécessairement représenter une subversion, des déceptions du côté des adultes… interrogeant ainsi la parentalité dans toute sa complexité.

Ce livre s’adresse aux enfants bien-sûr mais aussi à leurs parents qui pourront tirer grandement profit de la fiction. Pour les plus petits, Robert Munsch et Camille Jourdy soulignent l’importance de l’expression du désir individuel pour grandir, quitte à ce que ce dernier ne soit pas en adéquation avec les idéaux parentaux. S’individualiser, c’est expérimenter les limites de soi, ce n’est pas respecter aveuglément celles des autres. Paradoxalement, les limites imposées par les parents sécurisent l’enfant, l’aident à comprendre sa culture, les mœurs qui l’entourent et, si elles viennent à manquer, de lourdes conséquences peuvent apparaître. C’est également cette tension qui devrait permettre aux adultes de prendre conscience, d’une part du caractère nécessairement imparfait de leur parentalité et, d’autre part, que la culpabilité n’est pas bonne conseillère, quand bien même les médias regorgent de figures parentales physiquement et moralement parfaites.

Finalement, grandir et faire sa place, c’est à la fois s’inscrire dans un collectif mais également faire advenir un individu unique et, comme le montre cette œuvre, c’est l’amour qui permet que les deux cohabitent.

Entre la nature et la culture, l’Amour 

La première double-page de l’œuvre montre une jeune maman tenant son bébé dans les bras. La tendresse et la sérénité qui émanent de ce moment sont accentuées par l’ordre, les couleurs et la luminosité qui inondent la pièce de la maison. Quelques livres jonchent le sol et l’on peut imaginer que cette mère soit déjà en pleine incertitude concernant son rôle et qu’elle tente de trouver des réponses dans les théories éducatives piochées dans une multitude d’ouvrages scientifiques. Et pour cause : être parent quand on s’est éloigné de son « animalité », c’est s’installer dans un doute immense qui peut mener certains tuteurs à de profonds sentiments d’infériorité. En effet, aucun mode d’emploi parfaitement fiable ne permet de suivre un protocole parental. Il existe donc une tension, déjà palpable, entre la nature et la culture : pour le moment, les livres représentent la culture tandis que la nature est « emprisonnée » dans les tableaux accrochés au mur, les figurines d’animaux sur les étagères ou encore sous forme de peluche dans le lit à barreaux du bébé.

Enfin, côtoyant ces deux dimensions – la nature « emprisonnée » et la culture scientifique et théorique – il y a cette ritournelle qui reviendra sans arrêt dans le livre :

Aussi longtemps que je vivrai,
Toujours je t’aimerai.
Jusqu’à la fin des temps,
Tu seras mon enfant.

Cette comptine, comme une promesse faite à l’amour, est à la croisée entre la culture (chanter est un acte humain très important) et la nature (cet instinct très animal qui fait que chaque être vivant ferait tout pour ses enfants).

Rasséréné et serein, le lecteur tourne alors les pages suivantes et comprend tout de suite que les auteurs n’ont nullement l’intention d’enjoliver la réalité. En effet, on y découvre que le désir d’enfant idéal de la mère est mis à mal : le lecteur devient le témoin de l’avènement d’une personnalité qui expérimente et considère la vie humaine comme un grand laboratoire permettant d’emmagasiner des sensations, des émotions et des connaissances sur lesquelles s’appuyer pour croître. Les illustrations montrent ces expériences chaotiques sous la forme du désordre, de la désobéissance, de l’inclusion à un groupe de pairs… A chaque fois, la mère semble désespérée : elle n’avait pas imaginé que cela serait aussi complexe et elle n’hésite pas à dire que son enfant la rend FOLLE (écrit en majuscules), qu’elle le céderait bien à un zoo ou qu’elle a l’impression de vivre avec un animal. A nouveau, la nature et l’animalité sont convoquées à travers cette image du zoo. Les livres du début n’ont à première vue pas réussi à permettre une éducation plus sereine. A première vue seulement car en réalité, ce garçonnet est parvenu à devenir un homme, capable de prendre son envol, de fonder sa propre famille et surtout, apte à transmettre à son tour de la tendresse à son enfant et à éprouver de la gratitude envers celle qui l’a aimé de façon inconditionnelle, sa maman. Finalement, cette maman, dans ses apparents échecs tout au long de l’ouvrage, a pleinement réussi : elle a semé de l’amour chaque soir (la petite ritournelle qui revient à chaque fois) et, à la fin, son fils devenu homme en est devenu porteur à son tour, capable qu’il a été de trouver sa place dans une culture donnée sans sacrifier les parties nécessaires de son individualité. Il est donc question d’une transmission intergénérationnelle qui pose la question existentielle du juste milieu entre les dimensions collectives et individuelles qui nous habitent.

Grandir et éduquer : entre mise en conformité et avènement créatif 

Tout au long de l’ouvrage, une autre tension est prise en charge : il s’agit de l’ambivalence entre la mise en conformité des désirs et l’avènement d’une individualité unique et par définition asociale. La grande question sous-jacente est celle de l’identité : Qui suis-je ? Qu’ai-je hérité de mes parents et qu’ai-je inventé moi-même ?

Dans l’ouvrage, les éléments montrant les désirs divergents de la mère et de son fils prennent beaucoup de place. Mais il est également possible de mettre en évidence le mouvement contraire, c’est-à-dire celui consistant à reproduire des comportements ou des pensées de génération en génération. Les deux mouvements sont nécessaires mais à nouveau, c’est un juste milieu qui permet l’épanouissement de l’être. Si nous ne faisons qu’adhérer au désir de conformité de nos parents (et de la société), la partie créatrice de notre individualité va se mettre à hurler provoquant de lourds méfaits pouvant aller jusqu’à la maladie. A l’inverse, si nous sommes incapables de nous sentir limités, nous risquons une grande insécurité.
Ainsi, la répétition apparaît dans la dernière partie de l’œuvre : l’homme est devenu père à son tour. La tapisserie dans la chambre de son enfant est la même que celle qu’il avait quand il était petit chez sa mère. De plus, à la dernière page, c’est lui qui chante la chanson que lui chantait sa mère. Cette chanson est le symbole de ce secret que les humains se transmettent de génération en génération et il est très émouvant d’observer quand a eu lieu cette transmission dans le livre de Munsch et Jourdy : la maman, devenue vieille et malade est sur les genoux de son fils. Elle entame les premières notes de la chanson mais ne parvient pas à la terminer. C’est son fils qui prend alors le relais et termine le chant. L’amour s’est transmis d’un cœur à l’autre, n’est-ce pas cela la clé de l’éducation parentale ?

Les parents qui liront cette histoire à leurs enfants seront forcément renvoyés aux souvenirs de leur propre enfance lorsqu’ils disaient : « Quand j’aurai des enfants, je ferai l’inverse de ce qu’ont fait mes parents ». Ce sera alors l’occasion pour eux d’observer ce mystère humain qui cherche, expérimente, change, évolue… tout en gardant néanmoins la sensation d’être la même personne et de se reconnaître invariablement dans le miroir de l’enfance jusqu’à la mort. Il existe une asynchronicité permanente entre les générations. Cela peut poser problème mais, à nouveau, c’est l’amour qui cimente les relations en permettant à chacun d’exprimer ses besoins du moment sans annuler ceux qui les entourent.

Finalement, en accord avec ce que nous montre l’ouvrage, l’on peut affirmer que l’enfance est le temps de l’expérimentation, du détour. Parallèlement, l’adulte (qui a lui-même expérimenté cet état plus ou moins transgressif étant enfant), cherche maintenant à montrer ce chemin à ses enfants. Néanmoins, l’antagonisme des désirs nécessaire à la double contrainte d’avènement de l’individu dans un cadre collectif, empêche que la rencontre soit fluide et sereine. Et si l’on n’y prend pas garde et si l’on ne cherche pas plus loin que l’apparent conflit, l’on peut vite convoquer une troisième instance : la culpabilité. Heureusement, cette œuvre, parce qu’elle résonne avec bon nombre de réalités quotidiennes, est une véritable médication pour tenir cette instance éloignée des familles.

J’éduque donc je me trompe

Fort heureusement, cette œuvre ne s’inscrit pas dans le flot des images et des injonctions qui cherchent à faire de nous des parents parfaits et qui envahissent l’espace publique. En effet, les publicités, les magazines, les ouvrages « mode d’emploi » sur la parentalité et l’éducation regorgent d’une perfection inatteignable de laquelle seraient exclues toutes manifestations de colère ou de frustration. Il ne reste alors plus aux parents que la culpabilité de ne pas parvenir à être des parents sereins.

Dans Je t’aimerai toujours et malgré un titre semblant souligner seulement l’aspect positif de la parentalité, la colère et la frustration des parents ont droit de cité. La mère s’autorise à accuser son enfant de la faire devenir folle ; elle va jusqu’à souhaiter le vendre au zoo, le comparant à un animal, incapable d’être poli et bien élevé. Enfin, le livre souligne qu’il n’y a que quand l’enfant dort que sa mère lui témoigne son amour tendre. Combien de parents se retrouveront dans cette description ? Une grande majorité. Eduquer un enfant est complexe et réveille des émotions ambivalentes que la société de la performance ne prend pas du tout en charge. « Soyez de bons parents ! » voilà ce qu’intime la société sans donner d’indications supplémentaires mais en faisant suivre une publicité montrant des enfants heureux de posséder. Il n’en faut pas plus au cerveau humain pour en déduire très rapidement ce message : « Si je veux être un bon parent, je dois rendre mon enfant heureux et, pour cela, je dois lui acheter des objets ». A nouveau, ce message est extrêmement frustrant et culpabilisant car il annule toute la poésie contenue dans l’acte d’éduquer. Le sens est perdu et la beauté de la nature, si déstabilisante soit-elle, est reléguée au rang de bibelots sur une étagère ou de poster encadré au mur.

L’ouvrage ne se laisse pas abêtir par ce discours et, bien qu’il montre que posséder raisonnablement est souhaitable (avoir une sécurité matérielle : un logement ; partager des objets pour se sentir appartenir à un groupe : quand le jeune garçon joue au foot ou communique avec ses pairs…), il met surtout en avant la transmission inestimable que représente cette chanson. Aucun objet ne pourra remplacer cette transmission de cœur à cœur.

L’enfant qui lira ce livre comprendra également qu’il peut et doit se sentir autorisé à expérimenter dans les limites du respect et des règles qui l’inscrivent dans un collectif. Il ne doit pas culpabiliser de voir ses parents culpabiliser et surtout ne pas porter sur ses épaules ce fardeau que la société de consommation pourrait vouloir lui faire porter indirectement.

Conclusion 

Je t’aimerai toujours se fait le porte-parole du grand espoir que représente la vie. Avec douceur et poésie, mais sans omettre la nécessaire difficulté liée aux cycles d’évolution et d’involution qui se rencontrent lors de la vie humaine, l’ouvrage résonne profondément avec les vécus de parents qui sont confrontés à l’éducation de leurs enfants. Et, plutôt que de transmettre un message moralisateur qui prendrait le risque d’engendrer de la culpabilité, les auteurs font le pari de l’intelligence intrinsèque contenue dans les différentes dimensions de l’existence, qu’elles soient d’apparences positives ou négatives. Parfois, comme dans la démarche alchimiste, le plomb se transforme en or. C’est en tous cas vrai sur le plan psychique : du chaos nait l’ordre et cet enfant qui bouscule symboliquement sa mère est en réalité en train de construire un écrin intérieur, le plus accueillant possible pour le secret qu’elle va lui confier. C’est donc un ouvrage qui appelle la confiance en la vie. Elle ne répond pas à nos attentes à court terme mais qu’importe : elle fait son œuvre et au final, l’amour et la tendresse survivront à ceux qui les ont légués de leur vivant mais qui ne sont plus.

Julien LEDOUX, professeur d’école, docteur en sciences de l’éducation

Philosopher avec les enfants ? Notre panorama critique

Des collections jeunesse dédiées à la philosophie

Vous trouverez présentées dans NVL la revue 224 les collections suivantes :

  • philozenfants, Nathan
  • philozidées, Nathan,
  • les petits albums de philosophie, Autrement
  • goûters philo, Milan
  • philofolies, Père Castor Flammarion
  • chouette ! penser, Gallimard
  • les petits platons
  • éditions du Cheval vert.

Les collections ci-dessus sont présentées par Laurence Breton dans NVL la revue 224 p35

  • Philo et autres chemins, La joie de lire, est présentée par Jean Claude BONNET p 48
  • philo et citoyenneté, L’Initiale, est présentée par Janie COITIT GODFREY p.51

Nous ajoutons ici  les collections :

  • Philosopher ? aux éditions Le Pommier. Cette petite collection est sous-titrée Des livres pour déplier sa pensée. Michel Puech fonde chaque ouvrage sur un verbe : Marcher, Expliquer, Jeter, Vouloir …dont il déplie tenants et aboutissants. L’esprit picorera avec plaisir ces carnets à loger en poche, illustrés léger.
  • Philo, chez Oskar. Isabelle Wlodarczyk y propose un questionnement philosophique à partir par exemple des Fables de La Fontaine ou de l’Odyssée. Ainsi, complétant notre numéro précédent sur Les mythes grecs en littérature jeunesse, rappelons que ceux-ci sont particulièrement propices à des interrogations sur les grandes questions métaphysiques comme sur des thèmes sociétaux. Dans L’Odyssée d’Homère pour réfléchir, Ulysse quitte Calypso en refusant l’immortalité qu’elle lui propose, ce qui amène à poser la question : Une vie réussie est-elle forcément longue ? ou Circé qui transforme en cochons les compagnons d’Ulysse n’interroge-t-elle pas sur des débats de société actuels : L’homme est-il un animal comme les autres ?

Des ouvrages spécifiques

  • Ni oui ni non, Tomi Ungerer , L’Ecole des loisirs 2019
  • La morale ça se discute , Michel Tozzi, Albin Michel, 2014,
  • Questions de philo entre ados, Oscar Brénifier, Seuil  jeunesse, 2007
  • Le livre des grands contraires philosophiques, Oscar Brénifier, Jacques Desprès, Nathan, 2007
  • Le tonneau de Diogène, Françoise Kérisel, Magnard , 2006
  • Sagesses et malices de Socrate, le philosophe de la rue- Christian Roche, Jean Jacques Barrère, Albin Michel, 2005
  • Les philofables, Michel Piquemal, Albin Michel , 2003
  • Le livre des philosophes, Laurent Déchery, Gallimard jeunesse, 1998

 

Des albums et fictions

Œuvres de littérature jeunesse, albums, BD, romans, que nous conseillons comme support de réflexion philosophique. Vous trouverez dans NVL la revue 224 des analyses ou commentaires  de ces livres :

  • Livre de la Lézarde, Yves Heurté, Claire Forgeot , cf article de Claudine C Stupar, NVL 224 p15
  • C’était pour de faux, Maxime Derouen, cf article de Pauline Bestaven, NVL 224 p 43
  • Genesis, cf  article de Elise Ternoy , NVL 224 p54
  • Guerre ! Et si ça nous arrivait , article de Arnaud Lopinot, NVL 224 p56
  • L’affaire Tournesol, Hergé, Casterman 1956,
  • Le monde d’Edena, Moebius, Casterman 1988,
  • Thoreau la vie sublime, Dan et Leroy, Le lombard 2012,
  • Alice sourit, Jeanne Willis , Tony Ross, Gallimard 2002,
  • Grain d’aile, Paul Eluard, J. Duhême,
  • L’enfant qui ne voulait pas grandir, Paul Eluard, J. Duhême, Pocket 1999,
  • Peut être que le monde, Alain Serres, Chloé Fraser, Rue du Monde, 2015,
  • Ma liberté à moi , Tony Slack Morrisson, Gallimard 2003,
  • Histoire à 4 voix, Anthony Browne, Ecole des loisirs 2000 : les 9 ouvrages précédents sont présentés dans l’article de Florence Louis NVL 224 p10

 

  • Wolf Erlbruch, La grande question, Editions Etre, 2003
  • Fran Manushkin et Ronald Himler, Bébé, L’école des loisirs, 1972
  • Christian Bruel et Nicole Claveloux, .., Thierry Magnier, 2001
  • Anthony Browne, Mon papa, L’école des Loisirs, 2002
  • Anthony Browne, Ma maman, L’école des Loisirs, 2005
  • Martin Waddell et Patrick Benson, Bébés chouettes, L’école des Loisirs, 1992
  • Vincent Cuvellier, Christophe Dutertre, La première fois que je suis née, Gallimard jeunesse, 2007
  • Arnaud Alméras-Robin, Cet été-là, Editions Sarbacane, 2009
  • Anette Bley, Quand je ne serai plus là, Hachette, 2005
  • Cyril Hahn, Boubou et grand-père, Casterman, 2009
  • Claude Ponti, L’arbre sans fin, L ‘école des Loisirs, 1992
  • Olivier Douzou, jojo la mache, Editions du Rouergue, 1993 :

les 12 albums qui précèdent sont recommandés par Julien Ledoux , NVL 224 p19

Dans l’article p58  nous avons classé par thèmes les albums suivants:

  • L’infini et moi, Gaby Swiatkwska, Kate Osford, Le Genévrier 2017
  • Quand j’étais petit, Mario Ramos, Pastel 1997
  • Comme son ombre, Laurent Cirelli, Prune Cirelli, L’étagère du bas, 2018
  • Drôle d’oiseau, Reynolds, Davies, Le Genévrier,
  • Marlaguette , Père Castor,
  • Ami ami, Rascal ,
  • Eléphant a une question, Lee Vand’en Berg,Katje Vermeire, Cotcotcot 2018
  • Vieille Tortue et la vérité brisée, Douglas Wood, Jon Muth, Le Genévrier 2015
  • L’empereur et le cerf-volant, Jane Yolen, Ed Young, Le Genévrier, 2011

Et nous vous conseillons aussi :

  • Comment Wang fô fut sauvé des eaux, Marguerite Yourcenar,

 

Claudine Charamnac Stupar