Étienne Delessert - Gallimard
Yok Yok revient ! Le délicieux lutin au bonnet rouge en forme de champignon créé par le peintre suisse Etienne Delessert revient enchanter les enfants des trentenaires qui avaient adoré les petits livres sortis vers 1978. Ce n’est pas une réédition mais de nouvelles aventures dans lesquelles le « lutin malin des bois et des chemins » est accompagné de Noire la souris et de Josée la chenille « qui ne veut jamais devenir papillon ». Delessert, né en 1941 à Lausanne, fait paraître son 1er livre en 1967 ; il est l’auteur et illustrateur de plus de 80 livres pour enfants; dès 1975 , on lui consacre une rétrospective au Musée des Arts Décoratifs de Paris et il obtient en 1981 et 1989 le Grand Prix graphique international du livre pour enfants de Bologne. En 1976, une commande de petits films pour la télévision Claudine Charamnac Stupar
suisse sera à l’origine du personnage de Yok Yok qui, une dizaine de livres plus tard, rencontrera un énorme succès, même un lectorat international : il y a eu des éditions en Chine, au Japon, en Corée, jusqu’en Amérique du Sud et même trois éditions pirates en Iran…` «Une noix», le premier des cinq nouveaux livres parus, explique la « renaissance » de Yok Yok tombé d’une noix… La fée Carabosse lui avait jeté un sort… « Je suis resté trente ans à dormir dans cette coquille ! » Ce livre est présenté dans un coffret qui contient aussi un boitier en forme de (grosse!) noix avec, à l’intérieur, une figurine de Yok Yok. Charmante façon d’entamer pour les petits une relation avec le héros.
Dans Le chat qui parle trop, la présentation du personnage se poursuit, on y voit que Yok Yok a un grand ami, le chat Pluton, car « Pluton et Yok Yok se ressemblent un peu ; ils sont partout et nulle part et peuvent disparaître dans l’ombre de leur ombre. » Très poétique évocation du chat. Les bons et les mauvais est une jolie esquisse de leçon de botanique (distinguer les bons et les mauvais champignons) et d’écologie (« tous sont les complices des arbres de la forêt »), sans aucune pesanteur, les images faisant de tous les champignons des êtres anthropomorphes et expressifs. Les monstres évoquent tous ceux « qui habitent dans les armoires et sous les lits » et terrifient nos petits au moment du coucher : d’abord « il faut savoir que, sans nous, les monstres n’existent pas, il faut les inventer ! » mais à cette certitude, il est utile d’ajouter la description des variétés de monstres et pas inutile de voir comment les prendre par la main ou les caresser… On ne sait jamais ! Dans L’escargot, tous les petits animaux amis de Yok Yok s’affrontent dans une course de vitesse qui voit l’escargot peiner à la traine ; compatissant, Yok Yok aide au final ce bon Bruno à gagner : ce n’est pas du jeu ? Sans doute mais il est bon d’apprendre qu’« il y a toujours plus rapide que soi, c’est ça la vie !» Philosophique !
Delessert fait ainsi des petits récits à double niveau de lecture, les textes sont simples mais aident à construire la vision du monde de l’enfant. « Il faut répondre à ses questions, et lui donner du matériel qui le surprenne et le stimule. Les histoires doivent pouvoir poser des questions sur les relations entre enfants, entre parents et enfants, entre la famille et la société » disait l’auteur dans un entretien avec C. Destraz pour Le Matin (12/ 03/ 2011). Surtout, les images sont reconnaissables entre toutes : le graphiste joue avec science des proportions et disproportions, des gros plans, de l’effet macro, du point de vue des personnages, on voit la feuille à l’aune de la fourmi, la montre ou l’oiseau avec les yeux du lutin minuscule. Comme un fil rouge qui court à travers tous les livres, le chapeau du lutin d’un rouge orangé, comme les titres, tranchent sur les couleurs subtiles des larges images sur double page et guident le regard. On annonce qu’il y aura de prochains livres et une adaptation animée. Après 30 ans de sommeil, Yok Yok se réveille plein d’énergie.