Annie Agopian - Rouergue

Illustrateur : Audrey Calleja

Une solitude et un imaginaire riche mais par défaut. Le manque c’est eux, les parents, présents mais trop occupés d’eux-mêmes. Première image poignante, l’étreinte de deux parents amoureux, le regard tourné vers l’enfant assis au sol et qui pleure. « Arrête de faire le bébé… Ouste, file dans ta chambre… » Ils n’apparaissent que deux fois. Parfois ce ne sont que leurs voix « C’est pas bientôt fini « . Que reste-t-il à l’enfant seul ? « Alors je crie, je pleure, je déteste, je parle, je chantonne, place au Moi n° 14 !  »
La résolution de cette situation n’est pas une réconciliation avec les parents mais avec soi. La chambre n’est plus une punition mais le lieu d’aventures et de rêves dont l’enfant comprend qu’elle le prépare à toutes les autres chambres qu’il aura plus tard. A tous les voyages, réels ceux-là, à toutes les rencontres qui seront sa vie. Les illustrations servent bien cet imaginaire salvateur. Sur ce large support blanc, le dessin au trait de personnages en apesanteur, quelques taches de couleur et toujours l’enfant triste. Beaucoup d’ailleurs, un super-héros, des murs forteresses et beaucoup d’animaux qui rassurent.
Un apprentissage cruel. Une remise en question des relations familiales. Une aune à laquelle se mesurer, se reconnaitre ou penser sa chance.

Marie Dufon Roche