Cécile Roumiguière - Ecole des Loisirs


La presqu’ile de Lurföll où se déroule l’histoire est une terre étrange, comme à moitié détachée du continent.
Les légendes y sont encore vivaces, l’organisation de la société radicalement différente. Les femmes sont les organisatrices de la vie sociale, elles sont maitresses de leur sexualité. Les hommes partent en mer dès leur plus jeune âge. Deux histoires s’entremêlent : celles de deux enfants, Albaan et Lilljann, amies très proches que l’adolescence va éloigner et celle de deux femmes mystérieuses revenues vivre sur la presqu’ile après s’en être éloignées pour des raisons différentes. L’une d’elles, Sori Morï, prend des allures de sorcière par son apparence et les paroles haineuses qu’elle instille peu à peu autour d’elle, appelant les femmes à repousser l’appel de la modernité qu’est le continent. Garder les traditions, éloigner le mal que représente la famille d’Albann, sans que celle-ci n’en comprenne la raison. L’autre, Nanann est là pour retrouver ses racines, au plus profond de la forêt. La nature occupe une place centrale dans ce roman.
Le récit mêle très habilement ces deux histoires qui mettent en scène des personnages complexes. S’y intègre également une réflexion sur des modes d’organisation de la vie sociale (matriarcat/patriarcat), sur les traditions qui s’opposent à la modernité, sur la liberté des moeurs, sur les liens avec la nature. Des chapitres très brefs donnent un rythme haletant au récit que les pauses descriptives viennent interrompre avec bonheur. Un roman, hors du temps et très contemporain à la fois.

Bernadette Poulou