Gaya Wisniewski - MEMO
Comment parler d’un album qui vous harponne au plan émotionnel sans que vous voyiez comment le justifier de façon rationnelle ? Il vous parle comme à des endroits insoupçonnés de vous. On a juste envie de le garder pour soi… ou de l’offrir. En silence. Sur un beau papier crème, des dessins type fusain un peu confus avec, hors le noir, juste quelques touches de bleu, céleste, hivernal. Un énorme bison et appuyée contre son mufle, une petite fille aussi hirsute que lui. Claudine Charamnac Stupar
Elle a 4 ans quand avec sa mère, elle le rencontre dans cette forêt, elle va l’apprivoiser peu à peu, il reviendra chaque hiver. Le temps passe, avec ces imparfaits de répétition : « Nous nous installions près du feu. Nous nous racontions nos histoires. Dans ses yeux je pouvais voir tant de tendresse. » C’est toute une vie qui passe, rythmée par cette grande affection que les images font entrer dans une autre dimension : Le bison prend le thé, dort dans l’alcôve, ramène le souvenir de la mère. A la fin, c’est une vieille dame triste qui sent partout la présence de son bison disparu. Ce résumé vous laisse sceptique, cela dit si peu de l’effet que l’album produit, ça raconte quoi ?.. Le bison, sa grosse masse obscure, indéfinissable, c’est le nom de ce qui donne un sens à la vie. La tendresse. La présence. La présence en soi. Mon bison est une formule surprenante, ce possessif, l’allitération en on, un je ne sais quoi de tendre, bêtement sans doute, me font entendre « mon bisou », demande réitérée de l’enfant pour dormir en paix… Premier album exceptionnel d’une auteure belge.