Vincent Villeminot - PKJ
J’ai été bouleversée par ce roman au point de ne pouvoir en faire la critique dans l’immédiat. Le recul en rend le résumé périlleux mais rehausse certains traits, ceux qui laissent en mémoire un roman à la fois dystopique et plein d’espoir. On appelle dystopie ces romans qui extrapolent du monde actuel une évolution plus ou moins horrible ou tragique. 2061, ce sont des hommes sauvages qui vivent dans la Grande Forêt de Dordogne, dans « la fuite, la chasse, la sauvagerie, le courage physique, la force, l’habileté, l’agilité ». Il n’y a pas eu d’apocalypse ici, juste des jeunes qui ont fui un monde qu’ils refusaient dans la Forêt, suivant en cela le propos d’un livre paru en 2022 : « Quant à nous, notre colère est si immense, si impossible à consoler que nous ne voulons plus essayer. Nous ne voulons pas de vos fins, -ni pouvoir ni économie-, alors que tout ce qui est précieux est inchiffrable, indéchiffrable. Et nous ne croyons pas à vos règles de droit. Nous ne jouerons pas le jeu. » Ce propos résonne avec acuité aujourd’hui. Où en sont-ils deux générations plus tard ? Subversif, ce roman qui fait miroiter un rêve de retour à la nature et à des vertus fondamentales, à une humanité dépouillée et heureuse ? Il est plus une utopie qu’une dystopie, chacun y verra ce qu’il veut mais je dois dire le plaisir d’une écriture narrative qui a une dimension à la fois philosophique et poétique … et pourtant légère, aérée, bondissante comme ces courses dans la canopée. Claudine Charamnac-Stupar