Edito
NVL continue à creuser son sillon écopoétique, après Histoires d’eaux (NVL 243, mars 2025) confirmant qu’il fallait en dissocier le thème Océan Mers tant l’océan déborde tous les sujets traités comme il déborde déjà nos côtes. Avant tout, écouter la parole scientifique qui dit le réel, celle de l’océanographe Gilles Bœuf, celle des chercheurs de la Fondation Tara Océan qui, depuis 20 ans, a fourni d’innombrables données. S’appuyer sur toutes les initiatives nées de l’Année de la mer 2025, qui a ouvert, espérons-le, de nouvelles dynamiques. Comprendre que l’Océan, terrifiante énigme contre laquelle l’homme a bataillé durant des siècles pour une domination constamment battue en brèche, l’Océan de Poséidon, ses monstres et ses tempêtes (notez la publication simultanée en 2026 de nombreux livres autour de l’Odyssée, à la suite du film de Nolan), l’Océan apparait aujourd’hui comme quelque chose de fragile, que l’homme aurait le devoir de protéger. Ainsi conclut la navigatrice Isabelle Autissier (1), « L’homme a, en quelque sorte, réglé son compte à l’océan, maintenant qu’il en a moins peur. Comme un vassal passé sous sa coupe, c’est désormais à lui de l’entretenir et de le protéger, au fur à et mesure que les signaux passent au rouge. » Ce qui ressort aussi du bel article de Marc Roger, lecteur public et arpenteur de littoral. Beaucoup de livres jeunesse récents sont susceptibles de créer chez le jeune lecteur un nouvel imaginaire océanique qui pourrait aboutir à une attitude et une conception également nouvelles, propres à un engagement écologique. L’Océan a besoin des jeunes. Ainsi toutes les autrices de ce numéro explorent-elles des fictions qui modifient le rapport de l’enfant à la mer, dans une harmonie qui laisse espérer. Des « fictions-panier » si différentes des « fictions-lances » habituelles, très masculines, selon la théorie expliquée joliment par Lucie Calvez. Des voyages imaginaires propres à « raviver les braises du vivant », selon Clara Pomac. Des collections que l’humain a faites sur les rivages depuis des temps immémoriaux selon Gilles Bœuf, auxquelles Mélodie Faury donne un sens actuel. Des livres où je fais le pari de l’émerveillement agissant. Et ceux qui, selon Marianne Berissi, offrent au rêve comme à la raison un avenir d’hommes-poissons, des figures hybrides, des chimères nouvelles.
Claudine C. Stupar, présidente de NVL/CDE
Claudine C. Stupar, présidente de NVL/CDE


