Histoire afro-américaine en littérature jeunesse

Histoire afro-américaine en littérature jeunesse

🎵« Au fond rien n’a changé, pas de paix, de justice. T’es toujours en danger seul face à la police. […] Comme si l’histoire n’était qu’une boucle, ils tueraient à nouveau Malcolm X. »🎵  Malcolm X, Daddy Mory et Taïro

Le 25 mai 2020, aux Etats-Unis un homme noir est mort, assassiné par un policier blanc qui appuyait son genou sur son cou. Cet acte au XXIe siècle rappelle malheureusement que le racisme qu’on espérait  disparu est toujours présent dans notre monde.

Le racisme n’étant pas quelque chose d’inné, l’éducation devrait permettre de l’éradiquer. La littérature est un atout pour cet enseignement, surtout la littérature jeunesse qui comme son nom l’indique s’adresse aux plus jeunes. La suite de cet article sera une petite bibliographie[1] commentée d’ouvrages de littérature jeunesse traitant de l’histoire afro-américaine.

L’Esclavage

Henry et la liberté, Ellen Levine/Kadir Nelson, Editions des Elephants, 2018.

Album bouleversant, Henry est un jeune esclave qui subit les mauvais traitements de ses maîtres. Il tombe amoureux d’une femme, avec qui il a des enfants. Un jour, tout le monde disparait, le maître de sa femme n’étant pas le même que le sien a vendu sa famille. Maintenant qu’il n’a plus rien à perdre il va fuir les états du Sud, et découvrir la liberté.

Harriet Tubman : la femme qui libéra 300 esclaves, Anouk Bloch-Henry, Oskar, Coll. Elles ont osé, 2019.

Harriet Tubman est une jeune esclave qui ne peut se résoudre à accepter sa situation précaire, telle une marchandise, elle peut être séparée de sa famille. Elle va donc fuir, et survivre à cette fuite. C’est déjà un certain exploit, mais cette héroïne ne s’arrête pas là, elle va repasser la frontière de nombreuses fois pour libérer d’autres esclaves au péril de sa vie.

Ces deux personnages n’ont pas accepté leur situation et ont pris les choses en main pour combattre le racisme ambiant. Malgré l’abolition de l’esclavage, certains blancs se sentent toujours supérieurs aux noirs. Les plus racistes se sont regroupés dans un clan, le Ku Klux Klan, qui terrorise la population noire. Le clan est évoqué dans des petits romans comme L’arbre aux fruits amers d’Isabelle Wlodarczyk chez Oskar. Un blanc est tué, des noirs sont accusés. La justice étant très expéditive, malgré leurs protestations les jeunes gens sont pendus, d’autant plus que le petit ami du mort aurait été violé. Le KKK reste très présent et s’opposera fermement aux mouvements pour les droits civiques, qui verront naître de fortes personnalités tel que Martin Luther King, ou mettront en lumière un geste, celui de Rosa Parks.

Rosa Parks

Les Etats-Unis qui ont aboli l’esclavage, continuent à travers la ségrégation raciale à nier l’égalité des droits entre blancs et noirs. Les noirs sont séparés des blancs, pour nombre de choses. Par exemple dans les bus le fond est réservé aux noirs. Ils peuvent s’assoir devant s’il n’y a pas de blancs et autrement doivent rejoindre l’espace réservé. Rosa Parks en 1955, va refuser de laisser sa place à un blanc et ainsi rester à l’avant du bus. Elle va subir nombre d’insultes mais restera assise jusqu’à son arrestation par les policiers. Ce geste très courageux est évoqué de nombreuses fois en littérature jeunesse, faisant de cette femme le symbole de la lutte contre le racisme.

La femme noire qui refusa de se soumettre, Eric Simard, Oskar, coll. Résistantes-Résistants, 2013

Rosa Parks, non à la discrimination raciale, Nimrod, Actes Sud Junior, 2014.

Le bus de Rosa, Fabrizio Silei/Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2011.

Martin et Rosa, Raphaële Frier/Zaü, Rue du monde, coll. Grands Portraits, 2013.

Rosa Parks tout comme Martin Luther King et d’autres icones noires sont présents dans I have a dream de Jamia Wilson et Andrea Pippins, publié chez Casterman, qui regroupe 52 personnalités noires ayant marqué l’Histoire. Ce livre permet de voir que l’histoire principalement blanche est aussi marquée par des noirs qui doivent toujours lutter.

Ecole

La ségrégation était aussi présente dans l’éducation, les écoles étant racialement séparées. Il a fallu attendre pour que certains élèves noirs puissent aller dans des écoles blanches.

A noter le merveilleux album Ruby tête haute d’Irene Cohen-Janca et Marc Daniau, qui montre la hargne des blancs contre cette petite fille noire, obligée d’aller à l’école escortée par des policiers. Il en est de même pour Les 9 de little rock d’Elise Fontenaille, édité chez Oskar ou Dorothy Counts d’Elise Fontenaille aussi édité chez Oskar. Que ce soit en album ou en roman, tous transmettent cette peur d’aller à l’école dans un pays où c’est un droit. Il faut faire face à la haine populaire à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’établissement, le racisme étant pour certains héréditaire.

Aujourd’hui

On pourrait supposer que le passage au XXIe siècle ait apaisé les tensions et pourtant il n’en est rien comme le prouve l’actualité avec les trop nombreux meurtres. L’opinion publique a changé, mais certains restent enfermés dans des clichés.

The hate U give d’Angie Thomas publié chez Nathan montre bien que la police tout comme dans les années 30 n’accepte pas l’innocence des noirs. Ce roman raconte la mort de l’ami de la narratrice tué par un policier qui pensait que le jeune homme allait sortir une arme. Des émeutes vont suivre ce meurtre et mettra la ville à feu et à sang.

RIEN NE CHANGE !

Il est très important d’ajouter à cette bibliographie les romans de Malorie Blackman, Entre chiens et loups. C’est une dystopie car ce sont les noirs qui ont le pouvoir. On remarque d’ailleurs très rapidement que les opprimés tentent de se rebeller, allant jusqu’à faire éclater une bombe et donc tuer nombre d’innocents. Transposer les rôles permet d’éclairer sous un nouveau jour cette histoire afro-américaine et peut-être que certains comprennent « Black lives matter ! ».

 

Pour aller plus loin, filmographie (totalement sélective selon mes visionnages)

The hate U giveBlack Panther (film) - Wikipedia

La couleur des sentiments

Le Majordome, une fresque sur l’histoire afro-américaine des champs de cotons à la maison blanche

Black Panther, premier super-héros noir

I am not your negro, Documentaire sur James Balvin et l’histoire des droits civiques

Dans leur regard, un groupe de jeunes noirs est accusés de viol, dans les années 70.

[1] Ouvrages reçus au Centre Denise Escarpit

 

Maylis Cormont

NVL 223 en ligne !

NVL 223 en ligne !

Solidaire,

l’équipe de NVL la revue offre le PDF du numéro de mars en lecture gratuite : Les mythes grecs en littérature jeunesse.

Mars 2020, 92 pages en couleurs !

N° 223 ici

Un peu de tendresse avec ce gif qui n’est pas soumis aux normes de distance.

Gif : ©Hercule, John Musker et Ron Clemens , Walt Disney Pictures, 1997

Covid-19

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Le garçon au fond de la classe

Le garçon au fond de la classe

Alexa est une jeune écolière anglaise de neuf ans, qui a un jour un nouveau camarade dans sa classe, ce qui l’intrigue c’est qu’il ne parle pas, et ne passe pas les moments de pauses avec eux. En fait, ce nouveau camarade, Ahmet est un réfugié syrien. Malgré la barrière de la langue, Alexa veut devenir l’amie de ce jeune homme, et ainsi mieux comprendre ce qu’il a vécu et la différence entre leurs enfances. En confiance, Ahmet va se livrer à sa classe mais surtout à Alexa, lui expliquant sa longue traversée à pied et à bateau, la séparation avec ses parents et la perte de sa petite sœur. Alexa et son groupe d’amis vont donc tout faire pour que leur ami retrouve ses parents, et que tous trouvent refuge en Angleterre. Il leur vient alors une idée folle, écrire à la reine pour qu’elle laisse ouverte les frontières et que les familles se retrouvent. Ayant aucun retour, Alexa décide d’aller à Buckingham, elle déclenche un incident en courant vers les gardes pendant la relève de celle-ci. Cela va faire connaitre la cas d’Ahmet dans toute l’Angleterre. Roman pour les plus jeune qui se finit par une happy end.
L’innocence de l’enfance permet de passer outre l’ignorance ou la méfiance des adultes. Les mots parfois durs de la guerre, du racisme sont bien expliqués par la mère de l’héroïne qui parfois hésite malgré tout devant les atrocités commises par l’humanité. La jeune fille comme le lecteur va apprendre au fil de son aventure, que la générosité est un trait de famille. Sa grand-mère paternelle, juive polonaise à fuit devant les nazis et a risqué sa vie pour sauver d’autres personnes juives comme elle. Le roman fait ainsi le lien entre l’histoire tragique de la seconde guerre mondiale et celle tout aussi tragique des conflits modernes.

A lire aussi le numéro de NVL sur les réfugiés cf. N°210

Maylis Cormont

Onjali Q. Rauf / trad. Marie Leymarie (angl.) / ill. Pippa Curnick – Le garçon au fond de la classe
Gallimard, 2019. 15,90€, 9782075123105, dès 8 ans.
Mots-clés : Roman, amitié, réfugiés, Angleterre, Histoire, différence, racisme

A paraître: « Les mythes grecs en littérature jeunesse  » – NVL 223 – Mars 2020

A paraître: « Les mythes grecs en littérature jeunesse  » – NVL 223 – Mars 2020

Les mythes grecs en littérature jeunesse sont fort nombreux, se pose alors la question de qu’est-ce qu’un mythe ? A quoi cela sert dans certains genres tel que la fantasy et comment se transmettent ces histoires. Des articles s’arrêtent aussi sur deux personnages féminins, qui plus est, Artémis et Antigone figures tutélaires ? Se pose une dernière question qui avait beaucoup fait réagir le comité de lecture, la mythologie et la langue, certaines expressions n’étant plus usités par les plus jeunes générations.

Nouveauté, ce numéro marque le début de la revue en quadrichromie intégrale !!!